Les indignes, récit saisissant d'Agustina Batzterrica, nous offre une plongée dans un couvent un peu spécial, la Maison de la Sororité Sacrée. Il abrite un groupe de femmes qui se jalousent, espérant accéder à des fonctions plus prestigieuses au sein de leur sororité, sous la férule de la redoutable sœur supérieure. L'une d'entre elles tient un journal intime, secret qui, s'il est découvert, lui vaudra une punition exemplaire. Elle narre ainsi par petite touches, dans sa cellule, à la faible lueur d'une bougie, par des mots d'un autre temps, son quotidien fait d'angoisse, de sanctions, de rivalités et parfois d'espoir.
Le lecteur apprend ainsi, par allusions brèves, que le monde a été détruit par les humains et que la terre, empoisonnée, l'eau, parfois dangereuse, les rares animaux encore en vie, devenus toxiques, sont autant de dangers pour les quelques survivants de ce monde dévasté. Les stigmates de cet environnement saccagé apparaissent sur certaines femmes et vont déterminer l'ordre social de ce groupe renfermé sur lui-même.
Dans ce huis-clos glaçant qui révèle peu à peu toute l'horreur de la situation de ces femmes qui, au nom d'une foi qui leur est martelée, endurent l'indicible. C'est ainsi que les morts se succèdent dans une ambiance délétère au cœur d'un monde à l'agonie.
Fort heureusement, la plume de l'autrice nous offre des moments de grâce, quelques rais de lumières divins qui quelquefois traversent les sombres nuées amassées au-dessus de l'humanité.
D'un réalisme brutal, ce récit dessine un futur crédible et décortique des relations toxiques dans un groupe resserré où la domination est la maître mot. Mais dans cette noirceur quotidienne se tapit l'espoir, luciole que l'on croyait disparue. Ce texte est triste, déprimant mais empreint de beauté.