En choisissant d'appeler son récit Les Juges, et en ne faisant pas apparaître celui dont il est question dans le titre, Joseph Kessel a probablement voulu souligner la nécessaire distance qu'il a voulu mettre dans ce petit livre entre lui et celui qui partage la responsabilité d'avoir participé à l'organisation du massacre de six millions de Juifs au cours de la seconde guerre mondiale. Distance qui lui a permis d'observer le rituel des plaidoiries, les échanges entre le procureur et la défense voire le prévenu. Mais aussi distance rendue nécessaire pour scruter le physique d'Eichmann, ses modes et tics de comportement et essayer, comme tant d'autres, d'aller au plus près du sinistre ancien SS, isolé dans sa cabine de verre, pour tenter de savoir qui il avait été et qui il était encore. Les descriptions, les ressentis sont écrits dans une langue magnifiquement maîtrisée, précise, serrée, sans emphase, en un mot : juste.
Cette chronique, ce compte rendu - je ne sais comment l'appeler - est tout simplement remarquable.