Choderlos de Laclos publie en 1782 le roman épistolaire Les Liaisons Dangereuses : bijou de la langue du 18e s et de la pensée libertine, adapté au cinéma à quelques mois de distance par S. Frears et Milos Forman, le deuxième moins clinquant et « spectaculaire » mais plus fidèle à la subtilité du roman.
A cette époque, les aristocrates se livrent à un « jeu » cruel : la « galanterie ». Les hommes s’ingénient à séduire des femmes, puis à ruiner leur réputation en le faisant savoir à tous. Une femme, la Marquise de Merteuil, décide de se venger et de retourner leurs armes contre eux : à cette fin, elle fait alliance avec un de ces séducteurs, le Vicomte de Valmont (nom choisi par Forman pour le titre de son adaptation).
C’est l’échange des lettres qu’ils s’écrivent, et de celles de leurs « victimes », brillantes et machiavéliques, qui nous raconte l’histoire de cette société, de ses passions et relayions complexes.
Stephan Frears se contente, dans son adaptation, d'une lecture un peu superficielle : le jeu brillant de Malkovich et de Glenn Close réduit Merteuil et Valmont à deux "monstres", bêtes de foire sans foi ni loi. C'est passer à côté des ambivalences de la question morale soulevé par Laclos : certes, les deux séducteurs sont passés maîtres dans l'art de la manipulation, et ils se montrent sans pitié pour leurs proies. Mais pas plus que le reste de cette société prédatrice et policée, où les raffinements des usages camouflent à peine la violence des désirs, dans l'ombre malsaine d'un Catholicisme hypocrite et complaisant à l'égard de ce qu'il prétend condamner.
Comme souvent dans les oeuvres du 18e s, la monstruosité, la cruauté, l'inhumanité mises en scène sont avant tout celles de la société (qu'on se réfère aux Lettres Persanes de Montesquieu, aux contes de Voltaire, par exemple L'Ingénu, ou au théâtre de Beaumarchais, Le Mariage de Figaro.), les deux héros, dans leur rébellion désespérée contre "l'ordre du monde", en constituant les révélateurs. Ceux par qui le scandale arrive.
Œuvre forte et subtile aux questionnements universels, sur l’amour et les sentiments, la violence du désir, la complexité douloureuse des relations humaines, la souffrance et le plaisir, la jouissance et la morale …