Ceci n’est pas une histoire de pirates, mais celle d’un naufrage survenu en 1741 au large des côtes sauvages du Chili. Le genre de drame dont on entend jamais parler, faute de sources (et d’iPhone pour les immortaliser).
Sauf que là, on en a (des sources, pas des iPhones), et c’est bien là tout l’intérêt de ce récit : cette folle documentation qu’illustrent les pages et les pages de notes et de bibliographie à la fin du livre.
On s’étonne, d’ailleurs, qu’autant de témoignages nous soient parvenus pour une affaire survenue sur une île plus désertée qu’une salle de sport en janvier.
C’est que l’histoire, ô combien controversée, a fait couler beaucoup d’encre à l’époque. Contrairement à la pièce de Corneille où les soldats espagnols, sous le commandement de Rodrigue, partirent 500, mais par un prompt renfort, se virent trois milles en arrivant au port, les naufragés du Wager partirent 250, mais par un prompt naufrage - suivi d’une série de péripéties qu’il serait trop long de résumer ici - se virent pas beaucoup en arrivant au port (et dans un ordre des plus dispersés). Mais cette poignée de survivants qui, bien qu’ayant la peau sur les os n’avaient pas la langue dans leur poche, ont chacun livré leur version des faits au fil des années, pour sauver leur honneur, mais surtout s’éviter la pendaison.
C’est cette avalanche de sources qui permet à David Grann de retracer les événements avec une minutie rare, et de ressusciter des personnages, une époque et un monde (la marine) de manière particulièrement vivante et réaliste.
Un bémol toutefois, il en va de la série Lost comme des Naufragés du Wager : ce qui compte c’est moins la fin que ce qui se passe sur cette maudite île, et Dieu qu’il s’en passe !
Alors, oui, l’été touche à sa fin, mais si vous avez encore un bout de fesse à poser sur une plage avec un livre, ou mieux, si vous êtes à bord d’un navire de croisière en route pour la Terre de Feu, je ne saurais que trop vous conseiller d’emporter ce livre avec vous.