Dans une France post-mai 68, deux demi-frères suivent un destin différent : l'un s'égare dans les désirs les plus abjects, la folie et la dépravation, tandis que l'autre devient un scientifique reconnu, frappé par l'ataraxie, l'indifférence. Ce livre étudie ainsi le destin croisés des deux frères à travers une pseudo-biographie du frère scientifique, Michel Djerzinski, dont les travaux permirent de changer la face de l'humanité.

Les Particules Élémentaires est le premier roman que je lis de cet auteur. J'ai été assez vite dérouté par le genre du livre qui oscille entre la biographie romancée (notamment les références à sa mère) le roman-thèse et même le bildungsroman, bien que ces trois genres ne s'excluent pas mutuellement. On m'avait dit le plus grand mal du style d'Houellebecq. Pourtant, ce n'est absolument pas un style que je qualifierais de plat. Le nombre de digressions philosophiques et scientifiques du livre me fait plutôt penser à un auteur comme Witkiewicz, et le patte d'Houellebecq me semble au contraire très reconnaissable dans cet ouvrage. On y retrouve aussi des accents de Céline, de Sade et une inspiration assez assumée vis à vis des frères Huxley (Le Meilleur des Mondes) qu'on perçoit surtout dans les derniers chapitres (plutôt sur la thématique que sur le style)

La critique de la société permissive post-68 rejoint largement les analyses du sociologue Michel Clouscard, qu'il a très vraisemblablement lu à mon avis. Houellebecq fait de cette société (très française) le signe d'un déclin de l'Occident en raisonnant par induction ; ce qui est un raccourci assez facile. A mon sens, Houellebecq écrit avec les préoccupations de cette période de bouleversement juste avant l'an 2000. Le problème du livre, c'est que Houellebecq tente peut-être trop d'être visionnaire. L'ouvrage semble critiquer son temps alors que le traitement des sujets inscrit clairement Houellebecq dans le monde du passé, à mon humble avis.

Par exemple Houellebecq, tout en paraissant se moquer de la French Theory dans certains passages, reprend la même obsession de ces philosophes à parler des sciences dures sans être scientifique. Même obsession aussi pour la prospective : je pense que le livre aurait été meilleur sans son épilogue. Le problème quand on fait des prédictions, c'est qu'on est presque inévitablement has been quand on tombe à côté de la plaque : et le chapitre final a assez mal vieilli. Même obsession également pour le devenir de l'homme occidental qui a beaucoup occupé l'histoire médiatique dans les années 1980 et 1990, ainsi que pour les relations pédophiles dont on commençait à peine à comprendre l'horreur. (La pétition de la honte de Libération date de 1977, seulement 20 ans avant)

Je pense que Les Particules Élémentaires est un ouvrage clé pour comprendre les années 1980 et 1990, mais sa pertinence au-delà de cette époque me semble plus discutable. Par exemple, l'emphase sur la misère sexuelle n'est pas si novatrice que ça : en lisant le livre attentivement, la misère sexuelle (féminine et masculine) que décrit Houellebecq est une misère de l'excès dans une société débridée et permissive, celle où tout est permis mais rien n'est possible. La misère sexuelle contemporaine (ressentie ou réelle) est au contraire une misère différenciée selon le sexe, puisque le phénomène incel s'ancre chez des jeunes gens qui n'ont justement pas de rapport sexuels avec des femmes : ce n'est pas le surplus qui provoque la souffrance mais la privation. Du reste, les évolutions politiques semblent plutôt indiquer une nouvelle révolution conservatrice plutôt que la société permissive et dégénérée dans laquelle évoluent Michel et Bruno : paradoxalement, c'est peut-être quand Houellebecq évoque la misère sexuelle féminine (certes avec un fort male gaze qu'on peut trouver réactionnaire) qu'il est peut-être le plus moderne, puisque cette société centrée sur le sexe et le plaisir abîme également tous les personnages féminins de son récit.

Malgré tout, le bouquin est remarquablement écrit, particulièrement féroce et le chapitre qui précède l'épilogue dévoile une certaine poésie qui tranche avec la noirceur du reste du récit. J'aurais sans doute mis 8 sans cet épilogue qui m'a semblé convenu et sans grand intérêt : de toutes façons, quand la principale qualité d'un livre est d'être visionnaire (ou de vouloir l'être) c'est que le livre n'est pas doute pas si bon que ça. Et ce livre n'avait pas besoin de cet épilogue pour être un grand livre.


En définitive, un livre moyennement prospective, mais sans doute un peu nineties.

Bassorah
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le 6 juil. 2026

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