Le football américain est relativement rare en littérature jeunesse, je veux dire, en dehors des centaines de capitaine de football qui sortent avec des pom poms girls blondes en littérature sentimentale. C'est néanmoins d'une équipe de parfaits néophytes, sans le moindre talent en sports, obligés de former la toute première équipe de leur école s'ils veulent conserver leur programme particulier, dont il est question ici.
Ça me fait toujours un peu rire jaune ces histoires d'être "obligés à", comme ces mauvais romans dans lesquels un bad boy ou un sportif est "obligé" de travailler avec une Intello magnifique quand elle enlève ses lunettes ou qu'une humaine est "obligée" de donner son sang à un vampire lubrique amateur de vierges ( je n’exagère même pas!), parce que les raisons évoquées sont souvent foireuses. Obliger des jeunes à faire un sport qu'ils détestent, en plus des cours d'éducation physique déjà obligatoire dans le cursus secondaire, c'est tiré par les cheveux. Surtout pour des ados versés en sciences et en arts. Il faut donc vraiment faire un effort pour avaler les raisons de l'entraineur, qui les menace carrément d'être expulsés de leur programme advenant leur désistement ou leur absentéismes. Et bien sur, nul mention de cet état de fait avant d'entrer dans leur programme, nope, on leur apprend une fois à l'école. Donc, la prémisse est aussi insensé que les autres scénarios du type "obligé à ".
On suit donc Julien et ses confrères de misère, qui se malmènent de moult manières sur un terrain de sport dont ils ne connaissent même pas les règles de base, dans une joyeuse débandade de mésaventures, de douleurs musculaires, de vomissures et de plaintes à la limite du théâtral. S'ajoute un mystérieux joueur quelque part vers le 2/3 du roman, et dont le fait de cacher sa tête avec son casque continuellement laisse peu de place à l'imagination quand à son "secret".
La libraire en moi pense que ce genre de roman pourrait plaire à un jeune lectorat de 9 à 12 ans, soit la littérature intermédiaire. D'une part, parce que ça correspond à son niveau de difficulté, mais aussi parce que c'est trop abracadabrant pour les ados. Surtout les ados footballeurs. C'est ce qui me déçoit au final, de ne pas avoir de roman plus étoffé sur un sujet qui manque de représentation pour mes ados qui veulent lire sur leur sport préféré. Je ne suis vraiment pas convaincue qu'ils aimeront lire sur des personnages aussi immatures et plaignards, dans un contexte où ils ne sont là que par obligation. Aucun enjeu social ou enjeu personnel ne vient faire contrepoids en terme de profondeur. C'est le type de roman qu'on lit pour rigoler, mais il faut avoir ce genre d'humour. Toutefois, je pense à mes lecteurs qui préfère le sport aux livres, peut-être que ce sera un bon match?
Je le mentionne parce que ça m'agace encore ce genre de détail: Placer le plus "gros" personnage dans la peau de celui qui bouffe le plus, c'est un cliché non seulement "lourd" ( sans mauvais jeu de mot), mais aussi franchement escamotable. Ce serait bien que les auteurs comprennent que la gourmandise ou l'appétit déraisonnable n'est PAS systématique aux personnes fort.e.s en taille.
C'est un roman facile à lire, loufoque et pas très cohérent, mais qui peut plaire aux jeunes lecteurs. Je pense qu'il aurait été facile de simplement parler d'une équipe nouvellement composée, mais empotée, sans assister sur une condition aussi lourde qu'une participation obligatoire passible d'exclusion scolaire.
Pour un lectorat intermédiaire du 3e cycle primaire, 10-12 ans+
P.S.Pour les ados, le roman "Le village", un dytique, reste l'une des seule série sur le Football américain que je connaisse et qui s'inspire d'un joueur et d'une équipe réelle.