Quand la leçon d’art vire au pensum sirupeux
Avec Les Yeux de Mona, Thomas Schlesser avait l’ambition séduisante de démocratiser l’histoire de l’art par le biais d’un roman initiatique. Mais derrière la promesse, le livre peine à tenir la distance. Si j’ai terminé cette lecture avec une impression d’effort plus que de plaisir, c’est que le roman, malgré quelques fulgurances pédagogiques, se perd dans un mélange trop appuyé de bons sentiments et d’intentions didactiques.
Le problème central tient à l’équilibre : Schlesser veut à la fois émouvoir et instruire, mais il ne parvient vraiment ni à l’un ni à l’autre. Sur le plan narratif, l’histoire manque de chair ; les personnages semblent davantage des vecteurs de messages que des êtres vivants. Mona, figure innocente et symbole presque trop programmatique, finit par devenir un prétexte pour enchaîner les tableaux comme on tournerait les pages d’un catalogue de musée. Quant à la relation avec son grand-père, elle s’inscrit dans une sensibilité si appuyée qu’elle frôle parfois l’artificialité.
Il faut reconnaître au roman une capacité sincère à vulgariser : chaque œuvre évoquée bénéficie d’une présentation claire, parfois lumineuse. Mais cette dimension « cours magistral » finit par occuper tout l’espace, reléguant l’émotion à une série de gestes attendus, comme si l’ouvrage cherchait constamment à nous émouvoir à la place de nous laisser émus.
Le style, simple et accessible, est aussi ce qui limite le souffle romanesque : trop sage, trop lisse, sans audace littéraire, il glisse sur la rétine comme un audio-guide qui s’écoute poliment mais ne marque pas.
En résumé, Les Yeux de Mona propose une belle intention mais reste un roman plus édifiant que vibrant, plus démonstratif que sensible. Un livre qui instruit, mais émeut rarement et convainc trop peu.