Malgré un langage châtié trop souvent abscons et des formules Durassiennes alambiquées, ce numéro spécial des Cahiers charie régulièrement des réflexions justes sur l'état de la culture et de la politique de son époque. Certaines tirades paraissent flatter un ego qui n'est pas toujours des plus équilibrés, comme si la conscience de son intellectualisme surdevelloppe trahissait une vantardise innée.
C'est la limite de l'exercice libre de toute contrainte, en cela que l'agora qui lui est offerte permet des divagations dont on est en droit de se demander quelle en est la plus value. Ce qui n'empêche pas l'esprit Hiroshimesque d'étayer des anathèmes salvatrices. Ou l'on s'aperçoit que sa cinephilie était certes exigeante, sans pour autant qu'elle en soit une pièce maîtresse au vu de ses béantes lacunes. Pour autant les quelques entretiens avec de grands cinéastes, ainsi que ses analyses de classiques restent d'une profonde acuité.
Son truisme littéraire est certainement la part la plus féconde, que l'on partage ses saillies sarcastiques sur l'état des lignes éditoriales ou que l'on puisse la contester concernant certains aphorismes parfois condescendants. On y perçoit toute l'ambiguïté de l'idéologie politique Durassienne, femme éminemment progressiste de par son parcours, ce qui ne l'empêche pas de très sévères rodomontades sur le Marxisme et l'alliance des gauches. Son féminisme n'est pas toujours de la plus grande clarté non plus.
C'est d'ailleurs dans cette alliance d'anarchisme contestataire de l'ordre Républicain et de conservatisme sociétale parfois assez radical que la sève de cette plèbe oratoire est sans doute la plus intéressante. Intransigeante et faillible dans le même mouvement, tel est le théâtre funambule de la divine Marguerite. Puisse son esprit révolté perdurer par delà les époques, et son héritage philosophique semer de futurs barrages pacifiques chez ses/nos semblables.