Un truc étrange. Ni vraiment pas mauvais, ni vraiment pas bon. Et sans aucun doute pas moyen. Le pire : même pas vraiment expérimental – si ce n’est, j’y reviendrai, dans l’idée qu’il se fait du lecteur.
Cela dit, court, le bidule se lit vite. J’ai dû le relire pour en dire vraiment quelque chose. Il en reste des personnages, une syntaxe et une ponctuation réduits (1) à l’essentiel. Même moins un squelette que des arêtes de poisson. Il manque la musique des mots qui me fait aimer certains morceaux des disques de Bertrand Belin.
Deux récits s’entrecroisent sans qu’on sache clairement lequel est au service de l’autre, ni même qu’en tirer. Trois marins-pêcheurs, « le plus jeune », « l’autre » et « le troisième », prennent un cormoran dans leur chalut avant – à moins que ce soit après ? – d’abandonner temporairement l’un d’eux sur une bouée, en guise de mauvaise blague ou de bizutage ou peut-être de vengeance. Parallèlement, « l’autre » a « écras[é] son gros poing dans le cou d’un personnel de l’armée d’un pays » (p. 84) qui occupe le port et l’a tué.
Sur cette « armée d’un pays » qui vient peupler la deuxième partie du roman, comme entre la plupart des informations livrées par le texte, c’est au lecteur de tisser des liens, c’est-à-dire, en l’occurrence, de se démerder. J’aime à penser qu’on peut lire Littoral comme un apologue, un récit symbolique où le cormoran qui « s’est pris dans le milieu du filet droit », « a essayé de se dégager avec les ailes et les pattes mais n’est parvenu qu’à les emberlificoter de mieux en mieux jusqu’à ce qu’il en expire (p. 7-8) pourrait être une image du lecteur qui aurait cherché à comprendre.
(1) Désolé, mon cher accord de proximité : là tu ne pouvais vraiment pas passer, pour ce que je voulais dire !