C'est avec ce dernier préquel "Lune comanche" que je termine l'incroyable saga western de "Lonesome Dove", découverte il y a déjà quelques années avec le tome original couronné du prestigieux Prix Pulitzer (1986).
Au sujet de cette édition Gallmeister (collection Totem), je peux déjà souligner la très belle couverture en trompe-l'œil opposant les deux Texas Rangers, héros du roman, au Peuple indien comanche magnifiquement symbolisé par une falaise se confondant avec le rude visage d'un chef guerrier. Une façon, pour l'éditeur et le dessinateur, d'illustrer le caractère ancestral de la nation indienne, chassée de son territoire atavique pour les Blancs partis à la conquête de l'Ouest américain.
A travers ce long tome (800 pages et de mémoire le plus long de la série), les capitaines Gus McCrae et Woodrow Call font face aux habituelles turpitudes que présentent leurs missions de sécuriser la frontière entre Mexique et Texas et de défendre les Blancs des attaques indiennes. Les terres désertiques et hostiles de la Prairie ne sont pas avares de dangers : raids comanches, vols de chevaux, tortures, soif, faim, canicule, rigueur hivernale, animaux sauvages, précarité de la vie pionnière, etc.
Le génie de Larry McMurtry réside sans doute en grande partie dans le fait qu'il arrive à maintenir l'attention et l'intérêt du lecteur malgré la redondance des événements. La richesse et la complexité psychologiques des liens qui se tissent entre les personnages, hommes, femmes, Blancs, Indiens, rangers, pisteurs, guerilleros, officiers, etc. font de cette saga une aventure palpitante, émotionnellement très éprouvante (le récit contient beaucoup de scènes de violence et de torture) et définitivement inoubliable.
Les dialogues sont très soignés, tour à tour dramatiques, caustiques voire franchement humoristiques. Le tempérament des rangers - ainsi que leur vie quotidienne - est décrit avec simplicité, précision et réalisme. Malgré des actions terriblement violentes, parfois même contre des femmes et des innocents, on ne peut faire autrement que de s'attacher aux protagonistes. Les figures comanches ou ennemies ne sont pas reste : Ahumado, Buffalo Hump, Blue Duck ou encore Kicking Wolf inspirent au lecteur des sentiments tout aussi violents que leurs agissements.
C'est avec une pointe de regret que j'ai tourné la dernière page, visualisant bien McCrae et Call s'éloignant à cheval dans le désert, en direction du soleil couchant.
"Lonesome cowboy, lonesome cowboy, you're a long long way from home
Lonesome cowboy, lonesome cowboy, you've a long long way to roam
I'm a poor lonesome cowboy
I'm a long long way from home
And this poor lonesome cowboy
Has got a long long way to roam
Over mountains over prairies
From dawn till day is done
My horse and me keep riding
Into the setting sun"