Daphné du Maurier a rendu la tragédie romantique accessible. Le thriller romantique donne à la noblesse anglaise une familiarité que l’on osait désirer.
Phillip est un jeune héritier de Cornouailles. Son cousin, Ambroise, après une idylle en Italie, meurt subitement, en laissant un billet accusant son épouse, Rachel. Mais est-elle coupable ? Ambroise n'aurait-il pas sombré dans la folie avant de périr ? Qui est cette cousine qui apparaît dans la famille Ashley ? Phillip nous raconte dans un récit haletant ce personnage étrange qui suscitera chez lui les sentiments les plus confus.
Le roman s’ouvre sur une question philosophique aux teintures macabres. Que peut faire la justice ? Quel est son rôle ? Comment doit-elle s’exercer ? Tout cela se demande lorsque Phillip, enfant, voit un pendu . La mort comme un fantôme plane dans cette intrigue romantique. Et c’est un délicieux cocktail. Et le suspense n’est pas le seul moteur de ce livre, l'exploration des sentiments divers de Philip à travers des monologues sublimes, questionne le lecteur : où en est-il lui-même sur le chemin de sa vie ? Par-dessus tout, l’environnement choisi m’a transporté tant par sa description que par sa symbolique : la Cornouaille stricte et ordonnée, froide et broussailleuse en opposition à Florence à peine décrite mais qui porte le faste et la liberté, la chaleur et le mystère, donne au texte une profondeur des mœurs de la noblesse anglaise, et donne encore plus de corps aux dilemmes moraux des personnages.
Je parlais en introduction d'accessibilité. En effet, la lecture est fluide, les dialogues animés et vraisemblables, les personnages ont une apparence et une voix tout à fait claire. Et l’écriture à la première personne nous plonge dans la psychologie du personnage. Enfin les chapitres sont construits avec beaucoup de méthode. Ellipses, cliffhangers, flashbacks, lettres et voyages qui permettent la réflexion intérieure, nous lisons comme l’on pourrait regarder un film, mais avec la beauté des mots. Enfin, les couleurs disséminées partout ont achevé de me séduire. Il est bon de découvrir un registre par une œuvre qui plait comme Ma cousine Rachel m’a plu. Il me semble que Rebecca est plus populaire encore et je résiste à me le procurer dès à présent. S’il se trouve chez un bouquiniste, je n'hésiterai plus.