Trop souvent, nous limitons la connaissance d’Epicure à ces fameuses lettres. Et plus souvent encore, nous nous limitons même à une lecture rapide et médiocre de la Lettre à Ménécée. Nous voyons de manière médiocre et mensongère en Epicure un hédoniste sans limite. Rien de plus faux ! Nous risquons, en faisant cela, de perdre la subtilité de sa pensée, sa retenue, sa décomposition des plaisirs, son éthique nous protégeant de nos peurs, ses conseils chastes pour une vie heureuse.
Nous perdons aussi sa physique, ses théories épistémologie, son atomisme, sa vision sur la connaissance, la sensation, l’erreur. En bref, nous perdons ce qui fait d’Epicure un grand philosophe et non pas quelqu’un de mineur qui se limite à penser vaguement au plaisir.
La doctrine épicurienne doit être pris dans son ensemble, presque dans son système j’ai envie de dire.
Les Maximes Capitales ont été conservées à raison par Diogène Laërce. De manière très claire et beaucoup plus explicite que dans la Lettre à Ménécée, Epicure lie son discours éthique à son discours physique sur plusieurs points (l’infini, la connaissance, la mort). Le texte nous offre aussi une réflexion intéressante sur la nature des désirs naturels non-nécessaires, sur l’amitié, sur le rapport aux animaux, sur la vie politique.
Le texte n’est donc pas qu’un simple rappel, mais offre bien des spécificités passionnantes par rapport aux Lettres.
Bien entendu, on regrettera la forme très courte, non argumentée bien souvent. Le format maxime est utile pour lire et méditer, non pour démontrer en profondeur. Mais l’épicurien (au sens d’ami d’Epicure) saura y trouver son compte et sera des plus heureux à la lecture de ce livre injustement méconnu.