Mattia Filice est un écrivain français, mais aussi et peut-être surtout un auteur italien. Tout porte à croire que le soir de 2006 où David Trezeguet a manqué son penalty face à Gigi Buffon, Mattia Filice a exulté. Ce que nous pouvons parfaitement comprendre, ce garçon ayant baigné dans une éducation supervisée par une grand-mère influente et calabraise.
Son roman d’un bout à l’autre transpire cette influence. Tout d’abord par le choix stylistique, une série de chants qui font référence de façon régulière à l’Enfer de Dante, le tout pour décrire le parcours social d’un individu (Mattia Filice lui-même) conducteur de locomotive, que l’on appelle plus simplement dans le jargon de la SNCF un « mécano ».
« Vous qui entrez, laissez ici toute espérance » Le vers le plus célèbre de l’Enfer est repris dans ce roman mythologique où les cercles prennent la forme de la formation, la conduite, le doute, la grève, l’amitié. Rarement l’entrée dans le monde du travail aura été décrite de façon aussi originale et réaliste. On pense bien évidemment au regretté Joseph Ponthus et à son roman « A la ligne » qui ouvrait la voix à une littérature sociale non didactique ni soporifique, héritier comme Filice du grand Zola (encore un italien) avec sa mine et sa locomotive.
Que l’on ne s’y trompe pas, sous son aspect ludique dans la forme, « Mécano » est un roman ambitieux de par un savant dosage d’humour, de termes techniques et d’émotion. Filice nous embarque dans sa cabine et aussi dans ses peurs. Il nous familiarise en peu de phrases avec le jargon du rail et au rythme de ses ouvriers. Alors, lire ce formidable roman devient passionnant et l’idée ne vient jamais de descendre en pleine voie. On aurait presque du mal à quitter la rame arrivé au terminus.