9
le 6 août 2013
SuivreLittérature
Je suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
« Quand on a fait de la boxe, on n’en a jamais terminé avec » (p. 10) : c’est l’incipit de la première nouvelle. Il faut croire que Frédéric Roux, qui a commencé à écrire sur elle il y a quarante ans, n’en a pas terminé non plus (1). Mes petites morts est un recueil de cinq nouvelles, écrites et / ou revues entre 1986 et 2025. Outre la présence de personnages récurrents, leur point commun, donc, est d’évoquer la boxe. J’écris évoquer, car elles ne racontent finalement pas grand-chose, ce qui ne pose aucun problème en soi.
On y trouve des entraîneurs désabusés, des champions dans leurs rêves, des pseudo-intellectuels en plein marasme, des fiers à bras authentiquement couards, des manouches éphémères, des types qui ont oublié de suivre le conseil anonyme de la page 96 : « Il faudrait que vous soyez bon avant d’être meilleur que les autres… » On l’aura compris, un autre thème de Mes petites morts, c’est l’échec, et son corollaire l’illusion : ainsi dit un boxeur à propos de son adversaire « Je l’ai vu double jusqu’à la fin… sur lequel tu voulais que je frappe ? » (p. 66).
Des histoires de doubles aussi, donc : les personnages récurrents sont peut-être des avatars de l’auteur – « François » pour « Flamenco Blues », « Pâques en octobre » et « Descabellos » ; « Macho Man » dans « Quand Tom monte à Paris » et « Ou alors, des cèpes ». Parle-t-on toujours de boxe dans ces nouvelles, ou bien aussi de littérature ? Il y aurait dans ces deux activités des choses à mettre en balance (2), comme ce mauvais boxeur qui « aurait pu choisir une autre activité où les choses auraient été moins voyantes : artiste ou écrivain… le doute est toujours permis. Pas de pot, il avait choisi le mauvais créneau, des boxeurs maudits, il n’y en a pas des tas » (p. 14).
La littérature, dans Mes petites morts, naît notamment d’un sens de la formule : ainsi « C’est comme ça, il y a un type plus fort que le type qui est le plus fort et ça ne s’arrête pas et quand le type est vraiment plus fort que tout le monde, il passe le reste de sa vie à trembler et à ne plus pouvoir en sortir une, ou bien on le flanque carrément en prison » (p. 90). Ce passage, me semble-t-il, aurait presque quelque chose de célinien, tout comme la tirade sur la douleur de la page 53.
Célinien, le recueil l’est aussi dans la mesure où il se présente parfois comme une attaque contre ces gens de lettres « qui ont souvent bon goût puisque ce sont eux qui fixent ses limites, ils reconnaissent leurs amis et les gens dignes de leur estime au fait qu’ils ont le même. De là découle, comme une colique le long d’une cuisse, la dégoûtante littérature qui joue aux quatre coins » etc. (p. 92-93). À cet égard, la boxe agit comme une pierre de touche : le personnage principal d’« Ou alors, des cèpes » se veut l’antithèse de cette journaliste et productrice de radio qui pour ses dix heures d’émission sur Ali revendiquait de « fuir l’insignifiant (Ali en boxeur !) ou ce qu’elle croyait tel, [et de] se réfugier dans le “signifiant” (Ali en symbole) qu’elle pensait savoir maîtriser à l’abri d’une bande-son arty et de l’énonciation régulière des rapports du FBI pour faire sérieux. Il voyait surtout qu’elle se faisait manipuler par ses interlocuteurs, les repentis retors… » (p. 80.)
L’illusion, encore et toujours.
(1) Sa biographie kaléidoscopique Alias Ali, six cents pages et vingt-trois notes cumulées sur SC et Babelio, vaut pourtant le détour.
(2) Du benchmarking à faire, pour emprunter le vocabulaire de cette ère qui a vu le MMA triompher sur le noble art. Chaque époque a les combats qu’elle mérite.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
le 14 févr. 2026
Critique lue 3 fois
9
le 6 août 2013
SuivreJe suis sociologiquement prédisposé à aimer Desproges : mes parents écoutent France Inter. Par ailleurs, j'aime lire, j'ai remarqué au bout d'une douzaine d'années que quelque chose ne tournait pas...
9
le 4 avr. 2018
SuivreCe livre a ruiné l’image que je me faisais de son auteur. Sur la foi des gionophiles – voire gionolâtres – que j’avais précédemment rencontrées, je m’attendais à lire une sorte d’ode à la terre de...
7
le 12 nov. 2021
SuivrePour ceux qui ne se seraient pas encore dit que les films et les albums de Riad Sattouf déclinent une seule et même œuvre sous différentes formes, ce premier volume du Jeune Acteur fait le lien de...