Ce livre retrace l'aventure "Métal Hurlant", de sa fondation (et même un peu avant) à sa mort. En gros il y a trois époques : la fondation ; un premier rachat qui ôte à Manoeuvre et Dionnet une partie de leur liberté ; le départ de Dionnet peu avant le rachat par Hachette.
Livre touffu, conçu pour les fans purs et durs, mais pas inaccessible pour un béotien comme moi, "MH : la machine à rêver" commence par un texte entrecoupé d'illustrations qui retrace par chapitres l'histoire du journal. Les auteurs ont mené des interviews détaillées sur l'ensemble de l'histoire du journal, et regroupe les dires de chacun des protagonistes par thèmes. C'est intéressant, notamment quand il y a des désaccords. Et ça recrée bien cette "ambiance de potes" qui semble avoir été unique et propre au journal. On est malheureusement privé du témoignage d'auteurs morts prématurément comme Yves Chaland ou Arno.
Ce n'est donc pas un livre qui explore en détail les thématiques ouvertes par MH, mais bien plutôt une recréation de l'atmosphère fiévreuse, déjantée, égotiste et (vers le début des années 80) cocaïnée de la rédaction. On suit les déménagements. On s'attache aux personnages, notamment le duo considéré comme le coeur de la rédac : Dionnet le banlieusard shooté à la culture et Philippe Manoeuvre dans le rôle du rockeux tortionnaire de dessinateurs. On suit les affaires : la fondation de départ, avec les 4 mousquetaires Dionnet-Druillet-Moebius- Farkas (le financier vite évincé) ; quand Manoeuvre démonte "Ici même" de Tardi, parti chez (A suivre). Quand MH loupe l'intégration de "Ranxerox" dans son catalogue. Quand Manoeuvre décide de descendre en flammes "Blade Runner" (en couv' : "C'est Dick que l'on assassine"). Les années télé de Manoeuvre et Dionnet, qui annoncent la chute du journal. Une certaine forme de sectarisme (on est des rock'n roll), de mentalité de forteresse assiégée.
Il y a une chronologie assez touffue, une bibliographie qui ne l'est pas moins, et surtout une centaine de planches à la fin qui regroupe pour chaque année : l'ensemble des couvertures et une sorte de florilège des trucs notables parus dans le magazine.
Au final, ce livre donne les clés de la cuisine interne mais ne suffit pas. Il me reste donc à me procurer des exemplaires de Metal Hurlant, maintenant. Ce qui me frappe un peu, c'est que le journal laissait cohabiter des féministes comme Chantal Monteiller et la tendance gros-nibards chère à Manoeuvre...