C'est une confession menée dans un bar par un homme qui a été l'ombre de son frère pendant des années. Une vie tronquée par sa mère qui ne peut pas se remettre du meurtre de son fils, le grand frère du narrateur.
Le pari de reprendre l'histoire de L'Etranger était risqué. L'auteur le dit lui-même, Camus a écrit un chef-d'œuvre. Son écriture est une arme qui fait passer son narrateur du statut de meurtrier à celui de victime, ou encore d'être à idolâtrer. Mais Kamel Daoud se détache avec brio de l'écriture de Camus. Il écrit un livre sur l'invisibilisation. Celle d'un peuple qui a disparu derrière les écrits de ceux qui les avaient envahis et colonisés. L'invisibilisation de peuples auxquels on ne donne pas de prénom.
Derrière le drame familial se tisse le drame de toute une nation qui s'éveille pour devenir pays.
Un excellent premier roman.