Rupture chez King, qui décide avec cette trilogie d’entrer dans un polar pur et dur, pensé dès l’origine comme un format sériel, ce que la fin vient confirmer. Même si je ne suis pas forcément partisan de ce format en général.
L’histoire reste assez classique, mais tout change dans la manière de la raconter. Le talent de narrateur de King n’est plus à prouver. Après ma lecture de Cujo plus tôt cette année, on mesure le chemin parcouru dans la maîtrise du rythme, bien plus tenue, plus précise.
Une intrigue simple, portée par une narration efficace et un bon tempo, qui nous plonge dans l’Amérique post-crise des subprimes, avec son système de santé bancal et ses failles sociales. Les personnages sont loin des clichés. Des héros cabossés qui auraient facilement pu basculer de l’autre côté. Un flic retraité et dépressif, une femme aux troubles psychiques, et Jérôme, jeune et brillant, qui jouent davantage sur leur vécu et leur intelligence que sur une quelconque force.
Pas besoin ici de fantastique pour faire naître l’angoisse. Le réel américain suffit largement. On découvre un King plus mûr, plus construit, peut-être aussi moins brutal que dans ses débuts, comme apaisé.