Ça ressemble au portrait de l'élite anglaise de l'entre deux-guerre, sa noblesse, ses hautes valeurs morales, mais aussi son hypocrisie et ses faux-semblants. Ça ressemble au récit de retrouvailles entre de vieux amis, de presque amants, qui feraient le bilan de leur vie, et où rejailliraient les non dits, les amours gâchés et le temps perdu.
Mais ce n'est pas ça, en tout cas pas que ça. Virginia Woolf ne nous refait pas Maupassant ou Henry James. Le climax de la grande discussion, la grande explication psychologique n'arriveront jamais.
Le roman se joue ailleurs, dans ce flux de pensées inabouties, d'incertitude et de confusion où les grandes idées voisinent avec les vétilles du quotidien. Dès qu'on croit le cerner, le roman sort de route.
La narration papillonne de personnages en personnages. Woolf traduit en mots la texture même de la pensée, avec ses failles, ses incohérences, ses intermittences.
C'est le temps même qui est mis sur le papier. Pas celui linéaire, mais celui qu'on porte en soi, qui mêle et démêle en permanence souvenirs du passés, présent insaisissable et avenir incertain.
Et puis, il y a la folie qui s'invite à travers un ancien combattant, comme le contrepoint de ce monde bien réglé en apparence.
Un roman sur la difficulté d'être au monde, et où derrière les mondanités guette la défenestration.