Macedonio Fernández, contemporain de Joyce, est un des premiers écrivains à rompre avec l'illusion référentielle et à composer des oeuvres dont le référent est le texte lui-même, et non pas une réalité extérieure à ce texte.
Appliquant à son récit les principes de l'ultraïsme de l'avant-garde qui rejetait l'anecdote pour miser sur la métaphore, l'auteur tue autant le roman que la fable en les réduisant à une simple textualité, où l'intrigue est sans cesse annoncée et prorogée, d'où les nombreux prologues dans ce Musée du Roman de l'Eternelle. Il disqualifie le récit du roman en présentant un texte qui se présente virtuellement comme romanesque, mais qui rejette, hormis l'humour, toutes les qualités qui en feraient un roman plaisant à lire, fluide, aseptisé et bourgeois : il ruine soit en interpellant le lecteur, soit en parodiant les conventions littéraires l'effet d'évasion romanesque, pour dire l'incommunicabilité des passions humaines et l'impossible compréhension du monde.