Court mais délicat essai de l’écrivaine Japonaise, Ryoko Sekiguchi, sur les saisons, leurs passages, la sensation légère d’une trace, celle du Nagori, ou encore ‘crête des vagues’. Le nagori ne se traduit pas littéralement en Occident, et pourtant on en a toutes et tous fait l’expérience, il s’apparente à l’évanescence d’une saison qui s’achève, qui élégamment s’évanouit.
Nous sommes au Japon, pays où la notion de société, liberté, ou amour n’existe en japonais que depuis l’ouverture du pays au XIXe siècle, comme concept traduit des langues européennes. Pays inspiré de la Chine, dotée de 24 à 72 saisons. Chacune disposant de son hashiri (la nouveauté), sakari (la plénitude), nagori (la nostalgie de la fin de saison). Cette temporalité cyclique des saisons semblerait très prégnante dans la société Japonaise, ce qui explique pour partie la carence de conscience historique remarquée par l’autrice.
La respiration des saisons imprègne de nombreux pans de la culture, notamment le haïku, dont le langage saisonnier est étonnant. Mais aussi la gastronomie, où l’harmonie imprime sa patte en ne mettant aucun plat sur un piédestal. L’art du thé également est sous son égide, l’automne y étant considéré comme la fin de l’année.
J’ai également été très frappée par quelque chose que l’on ne nomme pas en Occident et que l’ont vit fréquemment, l’omiokuri qui est la façon d’accompagner le départ de la personne jusqu’à ne plus la voir, ‘le regard qui prolonge le lien’ à l’égal du soleil au couchant.
Cet opus se lit aisément, il se savoure, laissant en palimpseste, une durable impression, car il traite de la vie en cohabitation avec la mort, dans les plus petits détails, faisant aller-retour de saison en saison jusqu’à selon l’autrice, ‘la dernière porte de la vie’.