Il y a des mots qui manquent cruellement en français, et "nagori" en fait partie. Ryoko Sekiguchi en tire un petit livre à la fois délicat et profond, qui parle de ce que l’on perd tout en continuant de le sentir. La trace d’une saison, d’un fruit, d’un moment qui s’éloigne mais qui reste dans la mémoire, un peu comme une odeur persistante.
Ce que j’ai aimé, c’est cette façon d’unir la cuisine, la poésie et la vie. Ce n’est pas une théorie sèche, mais une expérience sensorielle : le goût d’un légume de fin de saison devient une méditation sur le temps qui passe. Le livre m’a aussi rappelé que notre monde occidental, obsédé par le « toujours disponible », a perdu ce frisson-là : l’intensité de l’éphémère.
Bien sûr, le texte peut sembler abstrait ou trop subtil si on s’attend à un essai classique. Mais justement, il faut le lire comme une promenade, un murmure. Il ne cherche pas à convaincre, mais à nous faire ressentir.
En refermant ce livre, j’ai eu cette impression douce-amère : celle d’avoir mis des mots sur une sensation que je connaissais déjà, mais que je n’avais jamais su nommer. Et rien que pour ça, ce livre vaut la peine d’être lu.