Sonatine a le don de me faire découvrir de nouveaux talents. L’année dernière, je découvrais Hilary Mantel et sa sublime saga sur Thomas Cromwell.
Ici, nous sommes dans un tout autre registre. Ceci dit, on est happé dés la première page par le style de l’auteur. De son héros, ancien flic et à présent détective privé, flirtant dangereusement avec les règles et la morale. Le tout dans cette petite ville de Nouvelle Zélande, Christchurch. Ville dont elle n’a que le nom tant elle engendre les monstres à la pelle. Des classiques tueurs en série comme le boucher de Christchurch; mais aussi et c’est peut-être les plus dangereux, des meurtriers au delà de tout soupçon.
De ceux qu’on pourrait rencontrer sur le pas de notre porte grand sourire et disposé à votre égard des meilleurs intentions. Ou celui qu’on trouve à l’église priant avec ferveur; et servant Dieu avec autant de fougue que d’hypocrisie. Oui, le mal est souvent plus proche de nous qu’on le croit. Quand les masques tombent, la confiance est rompue. A qui faire confiance notamment lorsque c’est un membre actif de votre communauté?
Ce n’est pas Théodore Tate qui vous dira le contraire. Il connait cette ville comme sa poche; ses détours et ses travers comme personne. Sans doute parce que lui aussi a franchit la ligne. Sa vision de la ville et de ses habitants ( dont il fait lui-même partie) est excessivement sombre; ce qui n’enlève rien au réalisme de la chose. Il semblerait que tous sont des victimes massives d’un désenchantement perpétuel et total. Ils n’attendent rien de plus de Christchurch si ce n’est des heures encore plus graves et désespérées.
Selon moi, la ville est une identité à elle seule renvoyant à un ensemble de citoyens, un groupe où chacun aurait lâché l’équipe collectivement. Une responsabilité mutuelle représentée aussi bien par la personne lambda que par les institutions. Fascinant cette notion de collectivité, ce pouvoir du groupe qui prend tout son sens ici.
En revanche, là où le roman perd de sa puissance c’est dans le contexte spatio temporel. D’une, le lecteur a du mal à croire que tout l’intrigue se passe sur si peu de jours. De deux, on a l’impression d’évoluer dans un circuit particulièrement fermé et répétitif. Pour une fois qu’on était dans un pays étranger, j’avais envie de grands espaces, de quitter momentanément les gratte-ciels, ce caractère oppressant du tout et maintenant. Au lieu de ça, cette sensation de huis-clos persiste et signe désavantageant ainsi le récit.
Malgré tout, Nécrologies reste fascinant de par la force de son écriture et dans sa cruelle analyse du manque de modèle, de foi dans cette ville où tout le monde a abandonné tout le monde.