Je trouve — à l'exception notable de La Nuit qui ne finit pas (peut-être parce que c'est plus un thriller psychologique qu'un simple whodunit !) — et je ne compte pas Hercule Poirot quitte la scène ainsi que La Dernière Énigme, écrits pendant la Seconde Guerre mondiale — que tous les romans d'Agatha Christie publiés à partir de la seconde moitié des années 1960 sont très faibles par rapport à ses œuvres antérieures.
Les intrigues sont plus prévisibles, avec des indices trop évidents ou des rebondissements artificiels. En outre, je ne vois pas évoluer Miss Marple (qui, pour moi, appartient aux années 1930 et 1940 !) et Hercule Poirot (qui, à l'exception de Hercule Poirot quitte la scène, appartient aux années 1920 et 1930 ; ce qu'avaient très bien compris, d'ailleurs, les créateurs de la série avec le définitivement indépassable David Suchet !) dans le Swinging London, critiquant les jeunes avec leurs cheveux longs et leur manière, vue comme indécente, de se vêtir. Sans parler du fait que, si on suit la logique des époques traversées, les deux personnages seraient centenaires et pourtant ils parviendraient toujours à résoudre des énigmes complexes et à affronter des criminels parfois très dangereux.
Avec Némésis, le dernier roman écrit par Christie avec Miss Marple, on est en plein dedans. Pour ne pas arranger les choses, c'est dans ce livre — alors qu'elle est censée y être encore plus âgée que dans les opus précédents — que la vieille dame agit le plus sur le terrain, étant particulièrement active, faisant quasiment tout elle-même. D'habitude, elle s'arrangeait pour y envoyer quelqu'un de plus jeune, de plus vigoureux, à sa place pour l'aider à résoudre une énigme.
Et on peut se demander pourquoi le défunt personnage — déjà apparu, vivant cette fois, dans Le Major parlait trop — attend d'avoir calanché avant de demander à notre protagoniste de résoudre un mystère du passé, surtout quand un potentiel innocent — le fils du décédé, en plus — pourrit derrière les barreaux depuis plusieurs années.
Et quand, dans l'ensemble, il y a l'évocation de deux jeunes femmes disparues, l'une sans laisser de traces, l'autre dont le corps a été retrouvé défiguré, il n'est pas difficile de conclure tout de suite qu'il y a eu une inversion volontaire d'identités. Ce procédé avait, en plus, déjà été employé dans un autre livre avec Miss Marple (très largement supérieur !), beaucoup mieux dissimulé, notamment en le noyant habilement dans une profusion de fausses pistes crédibles (là, elles sont plutôt rares, pour ne pas dire inexistantes !). Et quand le personnage qui a identifié le corps défiguré — il n'est pas difficile de saisir immédiatement qu'on a trouvé notre coupable — ne veut pas que la serre en ruines de sa résidence familiale soit restaurée, c'est que le corps de la disparue sans laisser de traces s'y trouve. Souvent, l'Agatha Christie au sommet de son art balançait ce genre d'indices évidents pour mieux piéger le lecteur. Ici, ce n'est évidemment pas du tout le cas. Ah oui, si un vêtement était un indice compromettant, la première chose que l'assassin ferait : serait de le brûler pour être certain d'en être définitivement débarrassé.
Bon, je ne vais pas vous mentir : comme presque tous les romans d’Agatha Christie, Némésis se lit rapidement et sans véritable ennui. Les pages se tournent avec une grande facilité. Mais ce n'est malheureusement qu'un Christie tardif avec tout ce que cela comprend de défauts.