Nos héritages
7.1
Nos héritages

livre de Anna Hope (2025)

Le chagrin des vivants et La salle de bal ont imposé Anna Hope au firmament des lettres britanniques et même la relative déception du Rocher blanc ne l'a pas fait redescendre de son piédestal. Il était l'heure d'un deuxième souffle et Nos héritages, ambitieux et très romanesque, entend manifestement marquer les esprits. Le livre est passionnant, difficile à lâcher, et ses intrigues entrelacées, dans un modèle de récit choral, se déroulent dans un décor fascinant, une grande propriété sise dans le Sussex, dominée par un manoir ancestral, comme un symbole d'une histoire familiale qui se marie avec les temps "glorieux" de l'Empire britannique. L'action se déroule autour de quatre jours marqués par l'enterrement d'un patriarche, mais ce court espace temporel est le prétexte à revisiter le passé des protagonistes, sa veuve et ses trois enfants notamment, à travers leurs failles, leurs désillusions et leurs interactions, plus ou moins conflictuelles. Il y a à l'évidence un côté programmatique dans Nos héritages, une construction minutieuse d'une histoire à multiples ramifications qui aboutit forcément à un point d'orgue dramatique, tellement préparé que sa révélation aurait presque pu être esquivée ou tout du moins pas aussi lourdement exposée. Mais le roman étant par ailleurs plein de ressources — ode à une nature réensauvagée, portraits fouillés de ses personnages, au risque du stéréotype, dialogues brillants — que son allégeance à une certaine forme de politiquement correct, aussi pesante soit-elle, n'empêche nullement de prendre du plaisir à contempler, avec un soupçon de perversité, peut-être, les déchirements d'une famille au moment de funérailles mortelles. Attachants sans être aimables, les protagonistes du livre, s'enferrent dans leurs contradictions, à la fois coupables dans leurs irrésolutions ou projets chimériques et victimes d'un héritage bien trop encombrant pour leurs frêles épaules. Les voir se débattre dans un marais de sentiments antagonistes possède quelque chose de jubilatoire, il faut l'avouer sans honte.

Cinephile-doux
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le 3 févr. 2026

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