Publiées en 1919 par un fils de famille bourgeoise devenu libraire anarchiste, ces Notes d’un embusqué sont en fait un pamphlet contre l’hypocrisie des patriotes en chaussons, au premier rang desquels Barrès, qui glorifiaient les Poilus sans que la guerre modifiât considérablement leur train de vie. Elles pour elles leur brièveté (quarante pages dans la réédition aux Mille et Une Nuits), renforcée par le fait qu’elles sont composées de fragments généralement fort courts, indépendants les uns des autres. C’est aussi une de leurs limites : sans véritable structure, elles peinent à prendre de l’envergure – rien sur les mutineries de 1917, par exemple.

Si l’auteur attaque l’hypocrisie des patriotes, il ne se présente jamais comme un modèle : « Gardons-nous d’un trop grand penchant à l’héroïsme, il ne serait point d’accord avec ce que nous fîmes » (p. 12). Une telle précision est toujours appréciable : jouer les héros après coup est facile, se demander ce que nous aurions fait dans les mêmes circonstances que ceux que l’on critique – fût-ce à la place d’un Barrès – est rarement confortable. Parallèlement, Aurèle Patorni n’oppose pas aux embusqués une figure idéale de Poilu, peut-être parce qu’il y a un siècle, on savait encore opérer une distinction entre victime et héros.

De fait, l’auteur a beau se poser quelquefois en redresseur de torts, c’est moins d’un point de vue moral que sur le plan du langage : ainsi « Le mot “filon” est employé par chacun pour définir sa condition personnelle ou celle de ses amis, tandis que le mot “embusqué” définit la situation des personnes étrangères » (p. 20). Le lecteur perspicace aura remarqué que remplacer ici « filon » et « embusqué » respectivement par « réseau » et « piston », par exemple, donne au texte une actualité et une portée un peu plus étendues. De même, les symptômes de « cette épidémie où les sensations qu’on doit avoir remplacent celles qu’on éprouve, où domine la contradiction entre l’acte et la parole, où le convenu remplace le réel » (p. 11) : l’hypocrisie et sa dénonciation sont de toutes les époques, l’appel à la justice plutôt qu’à la pitié (p. 43) aussi.

Pour le reste, c’est du sarcasme et beaucoup de mauvais esprit, avec parfois un goût pour la pointe aussi efficace que subtile : « Au moment de Verdun, le marchand de couronnes s’exclama : / – Bonne affaire ! / Que voulait-il dire ? / ……… / Ce n’est pas du tout ce que je croyais. Mon marchand de couronnes est un sincère patriote ; il s’est réjoui de notre victoire, sans aucune idée mercantile. / Il me l’a dit » (p. 45).

Pour lire quelque chose d’assez proche mais de plus conséquent, on fera plutôt un tour du côté de chez Georges Darien.

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le 25 mars 2026

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