J'aime énormément Christopher Priest et parmi les nombreuses ressorties de ses romans chez Denoël, le Glamour fut une énorme claque.
Ici, rien à reprocher à la forme. En éclatant son récit en mille morceaux, mélant passé et présent, Priest joue habilement des causes et conséquences de chaque décisions de son héros. La rencontre avec sa compagne, sa vie amoureuse, les troubles en Afrique, les premiers navires, la montée alarmante de l'extrémisme etc...
Ceci étant, il n'en demeure pas moins un texte qui a pris de la bouteille. 1971, c'est encore la libération sexuelle, et Priest, probablement sous l'influence de son temps, ne peut s'empêcher de parler de cul toutes les 2 pages, les jeux sexuels de l'adolescence, les bordels, les mains dans les culottes etc... au point que ça en devienne presque le coeur de son sujet, la vraie obsession de son héros, dont les souvenirs ne sont quasi associés qu'à ça. Cahier des charges de l'époque? Envie du moment?
Au delà, il y a le choix du déroulé. Faire d'une crise africaine le point de départ de l'éclatement britannique pour n'y placer qu'un paragraphe justifiant du choix en amenant le héros à penser au passé colonial de son pays, c'est un peu léger. D'autant que le roman est court et brutal (encore une fois, 71), et peu de place est laissé au camp adverse pour s'exprimer (on vous le dit, plus de passages sur les aventures sexuelles du héros que sur le déchirement humain en cours). Sans baigner dans le politiquement correct (l'extrème inverse aurait été tout aussi raté), on regrette que Priest n'ait pas plus laissé venir la détresse de cet apocalypse qu'il parvient parfaitement à décrire dans son quotidien au demeurant. Il manque un fond à ce conflit du quotidien, et dans un sujet si sensible, ça aurait été plus que nécessaire.
Reste un roman bien écrit, qui par moment passionne dans son aspect "fin du monde". Des regrets, en somme, de ne pas avoir ici le grand roman qui s'esquisse par moment.