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La bête humaine
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le 6 oct. 2023
Les destins parallèles d'une étudiante en cinéma et d'une prostituée toutes deux venues de Bulgarie. Parallèles, jusqu'à ce qu'ils dévient pour se croiser. Elitza, l'étudiante, est le double fictionnel de l'autrice. On devine son parcours fortement autobiographique, de sa passion pour Godard à ses aventures amoureuses - avec le nonchalant Zahari pour lequel elle a quitté son compagnon bulgare resté au pays -, puis sexuelles - avec le très bien membré Philippe qui, ayant trop regardé de porno, pratique l'éjac' faciale sans se demander le moins du monde si sa partenaire trouve son compte dans cette issue. Classiquement, une petite communauté bulgare se forme, dont se détache cinq figures : Elitza la narratrice, Rada Goranova la combattante, Lili et Paf, peu caractérisées, Dora enfin, tardivement. Dora, c'est donc la prostituée, dans la quarantaine, qui s'est trouvée prise dans ce rôle lors de son exil sans jamais pouvoir en sortir - sauf à la fin, grâce à Elitza. Son mac est une fille, Maria, qui en a elle-même un resté en Bulgarie. Dora représente ce qu'ici on associe à "filles de l'Est". On sait que les clichés qui collent à sa nationalité sont extrêmement pesants pour tout migrant. Comment refuser le chemin que le pays d'accueil vous propose tel un itinéraire tout tracé ?
Lorsqu'il s'agit d'Elitza, la romancière, ne pouvant écrire à la première personne du singulier sous peine de basculer dans le récit, utilise le "tu". Un procédé déjà vu, par exemple chez Paul Auster, avec lequel j'ai beaucoup de mal, le trouvant très artificiel. Je respirais donc à chaque chapitre consacré à Dora. Le style se veut décalé, du fait que le français n'est pas la langue maternelle de l'écrivaine, mais je ne l'ai pas trouvé très convaincant. On déplore quelques expressions triviales telles que "squatter [un] ordinateur" (page 27), des tics de langage contemporains comme l'horrible "en vrai" (page 144), des pléonasmes tels que "les gâteaux de ta mère que tes camarades punks trouvaient trop sucrés à leur goût" (page 117), des maladresses comme "tu sais très bien faire semblant qu'il n'y a pas de problème" (page 144). Le style n'est vraiment pas d'un haut niveau.
Sur le fond, en tant que Français on est souvent flatté de prendre connaissance du regard que portent sur soi les étrangers, fût-il cruel. Ici, on peut lire que "les Français sont de petite taille, ont la fine bouche et de grandes gueules [bien vu]" ou que "La France est le pays de la liberté, du fromage et des tramways qui parlent, un pays où la mode est intemporelle et où on ne lèche pas son pouce pour décoller et compter les billets de banque". Elitza Gueorguieva nous fait partager ses difficultés avec la langue, qu'il s'agisse du mystérieux mot RIB ou de l'utilisation du bon niveau de langage selon le contexte (on ne dit pas grave pour très dans un registre soutenu, ni bien à toi à son voisin de palier). Elle établit des listes numérotées sur les bonnes résolutions dans ce pays.
Tout cela amuse un peu. Un peu seulement. Je n'ai été ni captivé ni séduit par cette "odyssée" qui n'a que peu à voir avec l’œuvre poétique d'Homère. La présentation des éditions Verticales est soignée mais le contenu ne tient pas les promesses de l'emballage.
Créée
le 20 avr. 2025
Modifiée
le 20 avr. 2025
Critique lue 30 fois
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