Alejandra Pizarnik est une des voix majeures de la poésie argentine contemporaine. Si dans sa période de formation, Pizarnik a été marquée par le mouvement surréaliste, elle a également été influencée par les néo romantiques et les avant-gardistes argentins de la fin des années cinquante. Son écriture devient par la suite singulière et s'affirme dès son séjour à Paris pour prendre une ampleur et une profondeur remarquables.
Œuvre poétique n'est pas un ouvrage exhaustif de sa production mais contient huit recueils essentiels de son art poétique. D'une très forte densité expressive et émotionnelle, l'écriture d'Alejandra Pizarnik est travaillée avec une exigence inouïe et une sincérité absolue, constamment traversée par un questionnement de la création et la quête d'un langage idéal, interrogeant le pouvoir des mots et de la langue, sorte de recherche d'écriture totale empreinte autant de musicalité que de fécond silence. Pour Pizarnik, seuls le poème et le langage ont une réalité.
Toujours à la frontière de la prose et du vers, condensée, souvent furtive, sa poésie douloureuse et très personnelle se met parfois en danger, joue avec la folie et le mal de vivre mais reste aussi vive qu'intelligemment pure, construite d'ellipses et d'allégories puissantes, où dominent le style fragmentaire et des poèmes formellement brefs.
De même que l'enfance perdue, l'innocence et la magie des mots sont des thèmes récurrents, le dénuement existentiel, la solitude, l'absence de l'être aimé et la mort sont également présents, comme les voix multiples et les jeux de miroirs qui diffractent un moi poétique qui se voudrait très concentré et en recherche d'identité.
Si Alejandra Pizarnik a interrogé l'écriture poétique comme possible refuge et instant de félicité, finalement rien dans son expérience esthétique n'a pu la sauver. Elle nous laisse en héritage une œuvre poétique extrêmement talentueuse et incroyablement bouleversante.