- Édition lue : publiée en juin 2018 aux éditions Folio. Traduit de l'anglais par Jacques Aubert. EAN : 9782070452132. La note n'inclut pas le paratexte.
Résumé
Atypique sur la forme, ce roman/biographie soulève quelques enjeux pertinents mais lasse souvent par ses obsessions philosophiques convenues.
Détails (et quelques spoilers)
Sans doute très propice à une analyse littéraire poussée, ce roman de Virginia Woolf possède des qualités notables en cela qu'il use du fantastique pour interroger les évolutions sociétales et les normes de genre. Ces sujets sont à mes yeux les plus intéressants de l'œuvre, tant ces arabesques narratives permettent de critiquer les injonctions sociales avec un sens de la formule indéniable.
L'autrice se fera plaisir dans cet ouvrage qu'elle dédicace à sa compagne temporaire et amie, Vita, en brodant cette biographie ad hoc, dans un style relativement inimitable. Ainsi, je comprends totalement que l'on puisse admirer le talent de Virginia Woolf et la créativité dont elle fait preuve dans cet objet unique, volontairement inclassable.
Néanmoins, j'ai trouvé que son texte abusait des formulations poétiques et philosophiques dont la beauté littéraire apparente m'a parfois paru éloigné du propos pertinent. Les réflexions sur le temps qui passe et les mondanités de l'aristocratie londonienne ne sont pas dénuées d'intérêt, mais elles ne méritent peut être pas une si grande emphase et autant de répétitions.
D'autant que le texte aurait pu s'attarder davantage sur d'autres sujets que les marges de manœuvres fantastiques - dans tout les sens du termes - permettaient allègrement. Or, à plusieurs reprises, j'ai eu l'impression que l'autrice préférait multiplier les références à son propre vécu que pousser l'analyse sur le monde social entourant la vie de son personnage fictif, s'étalant pourtant sur trois siècles.
L'usage du fantastique est donc assez troublant dans la mesure où il sera convoqué sans aucun souci du vraisemblable et en créant une certaine frustration du fait de son exploitation finalement limitée. Confirmant qu'Orlando est un ouvrage dont les échos narratifs universels pourront être plus ou moins appréciés par un lectorat moins soucieux des cas de conscience existentiels d'une aristocrate qui semble trop souvent écrire pour son propre plaisir que pour celui des autres.
Bien que les pages consacrées au changement de genre et aux conventions demeurent intéressantes et participent grandement à relativiser les défauts du texte.
6,5/10.