Question sûrement naïve de celui qui ignore tout des arcanes du monde littéraire : pourquoi Yann Moix qualifie-t-il de roman ce qu'il revendique en parallèle comme un récit autobiographique ?
En 2019, la sortie d'"Orléans" avait fait grand bruit et l'on comprend pourquoi le père de l'auteur s'était indigné de son contenu, tout comme son jeune frère qui lui a intenté un procès en diffamation, en vain puisqu'il a été débouté en décembre 2023.
Si les faits relatés sont exacts, il n'est nul besoin de chercher très loin les raisons pour lesquelles Yann Moix présente ce visage tourmenté : qui pourrait prétendre à la sérénité, à l'équilibre, après avoir subi de telles humiliations physiques et morales ?
Scindé en deux parties, Dedans et Dehors, elles-mêmes divisées en chapitres portant comme titres les classes où se trouve l'auteur de la maternelle aux études supérieures, le roman traite d'abord des innombrables et surprenants sévices subis dans la sphère familiale avant de prendre pour cadre le milieu scolaire et les relations qui s'y sont nouées.
Yann Moix évoque aussi sa passion pour les lettres, que ce soit dans ses lectures (Gide, Péguy) ou dans ses propres productions qui témoignent d'une grande précocité. Les qualités d'écriture dont il fait preuve dans "Orléans", même si de nombreux passsages ne sont pas dénués d'une certaine affectation, ne laissent guère planer de doute sur un talent qui n'a pas attendu le nombre des années pour s'exprimer, ce malgré l'opposition de ses parents en ce domaine aussi.
Même si le fond peut être sujet à caution, Yann Moix aurait confié à des proches qu'il avait exagéré certaines situations, la forme atteste que nous avons affaire à un écrivain qui sort du lot.