Ca y est, Esther, créatrice de contenu, vient d'emménager à Paris, dans l'appartement de ses rêves. Elle va enfin pouvoir participer aux soirées organisées par les marques et sympathiser avec ses collègues influenceuses. Malheureusement, elle déchante vite lorsque débarquent, Adèle, seize ans, lycéenne, son bébé Louis, et Léo, vingt et un ans. Suite à un quiproquo, ils ont tous loué le même appartement et vont devoir apprendre à cohabiter en attendant une solution.
J'ai beaucoup aimé ce roman que j'ai dévoré en un week end malgré ses 420 pages. Il m'a rappelé « Ensemble c'est tout », d'Anna Gavalda, qui parle aussi d'une colocation et des relations entre les colocataires. Je me suis très vite attachée aux personnages principaux, Léo et Esther. A travers eux, des thèmes qui touchent de près les jeunes adultes sont abordés : relations toxiques, troubles du comportement alimentaire, image de soi, impact des réseaux sociaux sur la santé mentale, … Avec le personnage d'Esther, Maelys Crouilbois analyse très finement l'effet que ce milieu de paillettes et de faux semblants produit sur les jeunes : « Je ne peux pas m'empêcher de me comparer à mes collègues sur le plan physique ou psychologique, mais aussi à propos des voyages qu'ils font, des marques avec lesquelles ils collaborent, des amitiés, des produits qu'ils achètent et de la façon dont ils vivent leur vie. » (p. 101-102) Elle parle aussi de la solitude d'Esther, et montre bien, avec Lou, que ce qui est donné à voir dans les vlogs n'est pas la réalité. (p. 52)
Léo vient en contrepoint et représente le jeune homme grandi trop vite et à qui la vie n'a pas fait de cadeau. Enfin, parmi les protagonistes, on trouve un pervers narcissique. La façon dont l'autrice dépeint ce type de personnalité me semble très pertinente : cette façon de souffler le chaud et le froid, de porter une personne aux nues puis de la rabaisser au point que celle-ci finit par s'effondrer est tout à fait juste.
Over exposed, le premier roman de Maelys Crouilbois, est un roman pour jeunes adultes qui n'aura aucun mal à trouver son public. Sa force ? Une analyse très fine des problématiques que peuvent rencontrer les jeunes, et des personnages suffisamment complexes et bien campés pour permettre l'identification du lecteur aux protagonistes.
Un petit bémol, qui ne concerne pas le roman en lui-même, mais la « note de l'autrice » page 11. Il est indiqué que « plusieurs thématiques abordées pourraient heurter la sensibilité de certain.e.s », avec la liste de ces thématiques. On sait donc avant de commencer qu'il sera question, par exemple, de troubles du comportement alimentaire. Dès lors, le plaisir de lecture est un peu gâché car le lecteur ne peut pas comprendre par lui-même que tel personnage souffre d'anorexie ou que tel autre est probablement un pervers narcissique. C'est dommage car cela revient à spoiler une partie de l'histoire. de plus, je n'ai rien vu de choquant dans ce récit, bien au contraire. Maelys Crouilbois aborde les sujets sensibles avec beaucoup de délicatesse et d'empathie, et je pense que les jeunes concernés par ces problématiques trouveront du réconfort dans ce roman. D'ailleurs, que serait une fiction dans laquelle il n'arrive rien de fâcheux aux personnages, sinon un pensum ennuyeux et fade ? Ce sont justement ces événements difficiles qui font évoluer les protagonistes… et les lecteurs. Quant à eux, il faut leur faire confiance : si quelque chose les dérange, ils arrêteront leur lecture, et passeront à autre chose.
Je remercie Babelio et les éditions Hachette pour l'envoi du service presse.