Je connaissais Framont à travers la rediffusion de ses conférences et de ses interventions piquantes sur les plateaux spectaculaires.
Forcément, je suis déjà convaincu lorsque je me retrouve avec son arme entre les mains : ça tire à balles réelles sur la bourgeoisie. La cible est nette : la tête de Saadé. Les genoux de Lemaire. Touchés. La mise à mort est rapide, efficace et le chargeur est vide.
Précis est le style. La leçon est bien apprise. Néanmoins, bien que le chemin soit déjà bien débroussaillé, il y a quelques réflexions intéressantes qui prêtent à penser.
D’abord, j'aime bien sa caractérisation des différentes strates de la bourgeoisie avec la courroie de transmission de l’idéologie dominante que représente les "intellectuels" de plateaux (même si déjà présents chez Pasolini), les cadres et les petits patrons ou tout un pan de la classe moyenne dite "aisée". La notion de classe laborieuse (et non populaire, trop confuse) proposée par l'auteur prend tout sens pour évoquer le rapprochement entre les classes moyennes et prolétaires lié à la tertiarisation du marché du travail.
Pareil pour la notion de complexification (s)abordée par l'auteur qui illustre à merveille l'emmerdement matériel quotidien des usagers que nous sommes ne serait-ce que pour l'énergie (cf libéralisation des énergies entre la production, la distribution et la fourniture). On comprend mieux la hausse des prix de l'énergie, la multiplication des services couplée à la perte de la qualité de ces mêmes services avec l'envie de balayer le pauvre télévendeur de Direct Energie qui nous contacte pour négocier tant bien que mal une nouvelle offre...
La fin du bouquin met en avant des actions concrètes à l'échelle individuelle pour s'émanciper et faire grimper son entourage dans le but de recréer un sentiment collectif fort à l'image de la puissance d'évocation et de rassemblement que pouvait évoquer la virilité ouvrière dans la lutte des classes.
Recréer un rapport de force massif, visible et concret. Belle entreprise !