Paris-Brest
6.8
Paris-Brest

livre de Tanguy Viel ()

Randonnée en petite bourgeoisie française

Le roman de Tanguy Viel, jeune écrivain français, s'ouvre sur une description peu flatteuse de Brest, la ville "la plus affreuse de France". C'est dans cette ville de province que se déroule le roman.
Louis, 20 ans, y raconte l'histoire de sa famille: une famille de la petite bourgeoisie, avec ses histoires d'argent et d'héritage, une famille où l'on n'aime pas les pauvres ("avec ces gens-là, on ne sait jamais..." comme dit la mère de Louis, à propos de Mme Kermeur, la femme de ménage, par ailleurs la mère du fils Kermeur, ami du narrateur).
La grand-mère devient très riche (18 millions d'héritage!) en épousant tardivement un vieux monsieur de 88 ans qu'elle s'est décidée à aider à descendre les marches du Cercle marin. Les habitués du Cercle marin sont des "dinosaures" que l'auteur décrit avec son humour discrètement vinaigré (là où, sans doute un Thomas Bernhard y serait allé au vitriol).
Si ce roman est, en effet, une critique de la famille bourgeoise provinciale, on ne ressent jamais le ressentiment du célèbre écrivain autrichien. Là où T. Bernhard aurait mordu avec férocité, Tanguy Viel, grâce à son style virtuose, à ses phrases verglacées, ses dérapages toujours contrôlés, se contente d'ironie presque mélancolique.
Cela ne l'empêche pas de décrire des scènes et des personnages avec un réalisme étonnant, par exemple lorsqu'il évoque son ami, le fils Kermeur, arrivant avec sa bouteille de vin sous le bras, le soir, pour discuter, ou bien celle du chapardage dans le supermarché, toujours avec le fils Kermeur. La scène du retour du fils prodigue, la veille de Noël (d'où le titre: Paris-Brest, car Louis était parti à Paris, où il a écrit "des choses" sur sa famille) est un moment fort du livre, c'est en quelque sorte l'apothéose, le dénouement.
Ce roman est aussi construit et se lit comme un polar. Il n'y a certes pas de crime à proprement parler, mais il existe un suspense joué puis déjoué qui entretient le lecteur en haleine. C'est peut-être la raison pour laquelle j'ai lu ce livre dans la même journée: je n'avais pas envie de le poser.
J'avais déjà lu plusieurs fois des critiques de Tanguy Viel et j'avais envie de le découvrir: je n'ai pas été déçu!
Alain_Dutot
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 22 juil. 2014

Critique lue 430 fois

Alain Dutot

Écrit par

Critique lue 430 fois

2
1

D'autres avis sur Paris-Brest

Paris-Brest

Paris-Brest

8

chevinwood

36 critiques

Règlement de compte à OK Amiral

ou comment se brouiller avec sa famille quand on est écrivain en quelques leçons... Ce livre est très bien écrit, il dépeint avec merveille les difficiles relations parents-enfants, dresse un...

le 5 juil. 2011

Du même critique

Mercy, Mary, Patty

Mercy, Mary, Patty

8

Alain_Dutot

27 critiques

Lavage de cerveau.

J'avais beaucoup aimé le dernier livre de Lola Lafon: "la petite communiste qui ne souriait jamais", roman inspiré de l'histoire de la gymnaste prodige Nadia Comaneci. J'ai aussi beaucoup aimé le...

le 26 août 2017

La Solitude du coureur de fond

La Solitude du coureur de fond

9

Alain_Dutot

27 critiques

Payer, oui. Ployer, non.

Smith, interné pour braquage dans un centre de rétention, est rétif à toute autorité. Hors-la-loi, il est résolument contre les "pour-la-loi". Le directeur de l'établissement, se targuant de...

le 27 août 2017

La Mémoire des vaincus

La Mémoire des vaincus

9

Alain_Dutot

27 critiques

Un grand récit historique et romanesque.

Michel Ragon n'est pas un écrivain médiatique. Petit homme vieux, fidèle à ses idées et à ses amitiés, c'est avant tout un écrivain autodidacte, chantre de la littérature ouvrière et de l'anarchisme...

le 28 oct. 2014