Familier de domaines puissamment matérialistes, me voilà confronté à un monde pour moi si étrange que j’ai hésité longtemps avant d’écrire mes impressions.
Que dire sur ce livre, ce premier roman d’Espérance Garçonnat (née en 1998) ? Je crains bien n’avoir aucune compétence pour dire quoi que ce soit ! Je n’ai pas les mots, et de toute évidence mes neurones n’ont pas fait les mêmes nœuds que ceux d’Espérance !
Pourquoi me suis-je lancé dans cette aventure ? Parce qu’après le puissant (et épuisant) bouquin de Kumiko Kotera (L’Univers violent) j’avais un grand besoin de calme et de changement, ce que semblait promettre la critique de Kittiwake :
https://www.senscritique.com/livre/pas_d_ici/critique/317524388
Je ne fus pas déçu : changement : radical ; calme : paisible ! C’est ce que je voulais, non ?
De quoi s’agit-il ? C’est l’histoire d’un mec qui… ça dépend du lecteur ! C’est suffisamment emberlificoté pour que chacun l’interprète à sa façon : le plus classique : c’est un homme qui fuit son passé jusqu'à en perdre son nom. Mais non ! Certains y voient un homme qui tente de rassembler peu à peu les morceaux de lui-même. Pas du tout. D’autres se demandent, en fin de compte, si on peut, comme tente de nous le faire croire le narrateur, s’installer dans un coin perdu, devenir anonyme, sans souvenirs et sans passé, détaché de tout, imperméable au présent et sans regard vers l’avenir ? Eh ben non !... Ou encore, comment survivre à soi sans pouvoir devenir un autre ? Essayez donc ? Il y en a même qui pensent qu’il s’agit d’un album d'idéals, une ode aux îles du sud, aux petits villages… C’est à la fois plus compliqué et plus simple : c’est tout simplement l’histoire d’un mec qui se planque, qui veut se faire oublier, qui veut disparaître sans laisser de traces. Alors, quand il débarque sur une petite île italienne il se garde bien de dire à quiconque comment il s’appelle, ni d’où il vient, ni quel est son passé… C’est comme ça qu’on l’a baptisé « Pezzettino », le "Petit morceau". Va pour Pezzettino, ce nom là ou un autre, du moment que ce n’est pas son véritable nom… Alors, en douceur et sans vague, il va s’intégrer à la communauté du village et gageons que, les années passant, il finira par en faire partie comme s’il avait toujours été là… comme la plupart des habitants du lieu dont il semble qu’aucun ne soit né sur place…
Un roman qui m’a paru étrange, construit sur des non-dits qui m’ont donné une impression de phrases inachevées pourtant pleines de signification et d’énigmes. Quel sens véritable l’autrice a voulu donner à cette fable ? Y en a-t-il un ? Les souvenirs, parce que beaucoup de souvenirs sont évoqués… pour des vies sans passé. Les souvenirs donc, sont si précis et détaillés qu’ils laissent supposer une part autobiographique.
L’indécrottable matérialiste que je suis s’est bien laissé bercé par la narration paisible à peine teintée de mélancolie et de langueur « On murmure. Aucune voix ne s’élève, rien ne couvre les cymbales des cigales au-dessus de nos têtes. » N’est-ce pas du calme et du repos que je cherchais ?