Avec Passeport, Michalik signe une pièce de grand spectacle qui caricature le réel pour flatter la bonne conscience du public.
L'intrigue relate les destins croisés d'Issa, réfugié érythréen amnésique dans le camp de Calais et de Lucas, français d'origine comorienne devenu gendarme dans le même camp. La pièce est mise en scène comme un film, les scènes s'enchaînent sans laisser au spectateur le temps de respirer tandis que le décor monté sur roulettes virevolte et que les acteurs, incarnant chacun plusieurs personnages, livrent une prestation acrobatique. En cela la pièce est très divertissante et les presque 2h sont du bon spectacle.
Cependant le fond est moins reluisant. Les personnages secondaires sont des caricatures sans épaisseur, que le trop grand nombre de sujets que l'auteur a voulu caser dans son scénario ne permet pas d'étoffer. Et surtout, c'est là le plus grave quand on veut traîter un sujet aussi dramatique que celui des réfugiés, ils servent une vision du parcours du réfugié elle aussi caricaturale. Issa affublé de 2 acolytes entre en centre d'accueil. Là, il vole un vélo puis prend le train pour Paris, où il dort sous un pont. Puis il utilise le vélo pour gagner de l'argent sur Deliveroo ce qui lui permet de trouver un appartement et un travail dans un restaurant. Là, il révèle un talent culinaire hors du commun et le propriétaire du restaurant, qui par ailleurs exploite des réfugiés sans papiers, l'autorise à développer un projet de monter son propre restaurant. En parallèle il passe les doigts dans le nez le parcours du combattant de la demande d'asile avec une histoire inventée par son pote Ali (puisqu'il est amnésique). En même temps il apprend la cuisine et l'histoire de l'Érythrée à la bibliothèque où il fait la connaissance de la jolie bibliothécaire, qui a déjà fait 4 fausses couches. Mais pas de problème, grâce à la puissance de l'espoir Issa la mettra enceinte. Enfin dans une scène digne de Ratatouille, le banquier conquis concède le prêt à Issa pour acheter son resto. Bref tout réussit à ce réfugié accueilli dans une France qui somme toute est bourrue mais pas méchante. Les milliers de morts sur les routes migratoires, l'inhumanité des passeurs et des forces de police européennes, les refus d'asile, l'exploitation sont passées sous silence ou rapidement évoqués. Notons tout de même une très belle scène racontant une traversée de la Méditerranée en bateau.
Mais hélas au grand hélas ce déjà fragile édifice de bonne conscience est complètement mis à terre par le plus grand crime scénaristique de Michalik, le coup de théâtre final, qui révèle que Issa n'a jamais existé, et est en réalité Lucas, qui après avoir pris un coup sur la tête, a oublié son passé, et cru être cet homme décédé dont il avait le passeport en poche. L'héroïque parcours d'intégration, le génie culinaire, le succès commercial, amoureux, etc est donc celui d'un français, adopté certes mais qui à part ça a eu une vie banale, et non celui d'un réfugié... Pour moi ce plot twist malencontreux brouille complètement le message.
Bref du spectacle, des bons sentiments, mais non, ce ne sont pas la force de l'amitié et de l'espoir qui sauveront les migrants, et c'est contreproductif de vouloir le faire croire.