Audrée Wilhelmy narre la vie d’un village québécois, je suppose début 19ème siècle. Les habitants vivent en autarcie, en vase clos. Pourtant, la vie grouille.
Je suis entrée dans ce livre et n’ai pu m’en échapper jusqu’au mot fin et, même maintenant, ce livre résonne encore en moi.
« Peau-de-sang » puisqu’il s’agit d’elle est une femme et pas n’importe laquelle ! Son rôle est important au village, bien que l’on ne parle jamais d’elle à voix haute. Non, ce n’est pas une sorcière, cette femme, c’est la vie même. Elle est plumeuse d’oie. Oui, mais qu’est-ce que cela a de choquant ? De plus, elle apprend aux jeunes filles à coudre et faire leur trousseau, la dentelle, en cela, il n’y a toujours rien de répréhensible… Oui, mais voilà, elle apprend à ces mêmes jeunes filles la liberté, la sensualité et reçoit des hommes seuls qui cherchent l’abandon dans son lit.
Je me suis laissée embarquer dans cette histoire tout en bistre sauf la chaleur du magasin de la plumeuse d’oie. La buée générée par la chaleur du poêle et l’eau chaude.
Peau-de-sang est la gardienne des traditions transmises par Yaga. C’est une femme libre, sensuelle, forte, nécessaire mais hautement décriée. Elle apprend aux jeunes filles, le besoin de liberté, d’assouvir les besoins de leur corps, de ne pas subir. Aux hommes, elle les aide à s’accepter. Nous sommes au XVIIIème siècle et, pour un homme, porter des vêtements féminins est pure hérésie, Peau-de-sang accepte cette lubie du notaire et lui permet de s’accepter.
Une chose que je n’avais pas remarqué au tout début ; il n’y a ni majuscule ni point pour singulariser le récit de Peau-de-sang. Retenez bien le chapitre qui ouvre le livre et relisez-le à la fin si vous vous êtes enfouies, comme moi, dans les tabliers de Peau-de-sang, un refrain qui revient souvent dans le récit de Peau-de-sang.
« Je retire mes tabliers
- le premier protège le second
- le second couvre le troisième
- le troisième, long du col aux chevilles, dissimule l'ombre rouille de ma jupe. »
Que ce conte est beau, puissant, charnel, violent, sombre, lumineux ; le souffle poétique qui s’en dégage est impressionnant. Les voix féminines sont de plus en plus présentes pour marquer leur place importante dans ce village québécois.
Un vrai coup de cœur. Une mention pour le dessin de Marina Ho qui colle au conte