Je n'ai rencontré dans ma vie qu'une seule personne portant le doux prénom de Blaise. J'étais en seconde, lui aussi, un scientifique qui traînait vers montparnasse du côté de stan. Je n'ai pas un grand souvenir de lui, il avait les cheveux en hérisson, c'était sympa, et moi je venais de passer l'aprem à faire mon tout premier mille-feuille entièrement maison. J'avais d'ailleurs apporté le lendemain ce mille-feuille géant pour toute ma classe a l'occasion de nos olympiades annuelles.
Bref, notre amitié s'est arrêtée ce jour là quand il a complimenté mes cheveux devant mes copines et complices en cuisine H. et Ch. Cette derniere véritable génie scientifique, fan du marquis de sade et sublime créature, était secretement éperdument amoureuse de lui. À l'époque, cela me semblait une excellente raison de mettre fin à une relation.
Alors bon, cette déclaration que je fais dans le titre ne peut évidemment pas lui être destinée. Elle est pour toi, Blaise Pascal, mon amour.
Je sais bien que c'est une situation un peu embarrassante, que tu n'es pas censé être mon genre. Les gens normaux tombent amoureux de leur collègue, de leur voisin, de leur prof, du mec plein de sous, du bg à la mode, du connard qui brise les coeurs. Moi, visiblement, je tombe amoureuse d'un philosophe mort depuis plusieurs siècles. Ô toi Blaise dont je ne connaîtrai jamais le son de la voix, ni la douceur des cheveux, ni ta maniere de sourire en goûtant ma cuisine, ni si tu aimais completer des feuilles d'impots à ma place, préparer mon café, changer des ampoules, m'acheter des fleurs ou si tu massais bien. Toi que je n'embrasserai jamais, toi qui ne sauras jamais que j'existe. Toi que j'aime pourtant. Enfin voila quoi, chacun ses problèmes..
Je me suis demandé si c'était une chose raisonnable à écrire, puis je me suis rappelé que les déclarations d'amour raisonnables n'ont jamais intéressé personne.
Je t'aime Blaise parce que tu ne cherches jamais à être aimé. Tu ne cherches pas à être séduisant. Pendant que moi je reste habillée derrière mes plaisanteries, mes references, mes detours, mes petits effets de style : tu as choisi sans crainte de te mettre a poil, comme ça d'un coup, zou, nu comme un vers. Alors sans artifice de style, avec une honnete crue et genante tu racontes tes peurs, tes doutes, tes obsessions, les idées qui tournent en boucle dans ta tête, tes observations bizarres, les questions qui t'empêchent de dormir. Tu as même accepté parfois de perdre la maîtrise de toi-même pour t'ouvrir à l'expérience mystique.
Et puis je t'aime parce que tu étais courageux. Tu pouvais passer ton temps à rappeler que t'étais un génie, que tu faisais des maths mieux que nous tous réunis, mais tu t'es préoccupé des pauvres, des malades, de l'injustice. Tu as ouvertement critiqué les puissants, tes amis, tes confreres scientifiques ou lettrés. T'étais un bonhomme quoi !
Je t'aime aussi Blaise parce que tu m'agaces, parce que quelques fois tu me démasques. Ah quelle insolence tu as eu quand tu as comparé mon activite sur senscritique à un homme qui poursuit une petite balle. Rien que ça.. J'aimerais beaucoup pouvoir t'expliquer pourquoi mon cas est différent, que c'est plutot une énorme et lumineuse montgolfière, mais j'ai bien peur que tu ne me laisses pas cette possibilité.
Enfin bref, tu es mort, je suis vivante, cette histoire n'a donc absolument aucun avenir. Mais si jamais il existe quelque part un paradis des philosophes, j'espère simplement qu'on t'y laisse encore écrire.
ps: par amour pour toi je l'ai d'abord tapée dans un word pour vérifier qu'il me manquait pas une majuscule à ton prénom