J'ai connu Alessandro Pignocchi avec sa série de BDs "Petit Traité d'Ecologie Sauvage", intelligentes et pleines d'humour, où des mésanges punk renversaient le système, les politiques se prenaient de shamanisme, et un anthropologue amérindien observait et essayait de comprendre les coutumes des français.
Dans ce nouvel opus, Pignocchi signe un essai proposant une voie pour renverser l'ordre capitaliste libertaire / néolibéral / de surveillance / techno-féodal / individualiste / destructeur de la nature et des liens (aucune mention inutile). Il définit ces perspectives terrestres comme "les propositions pour bâtir un projet global sur la base d'une conception renouvelée du local". Actant la mort de l'idéal social-démocrate, il est pour lui tout d'abord indispensable de reconstruire le lien entre humains et non-humains, remettant ainsi à sa place l'humanité comme partie des écosystèmes, et non pas au-dessus d'eux. Un lien qui n'a été détruit que récemment, en permettant à une immense majorité de l'humanité de vivre complètement hors sol, c'est à dire sans plus aucune relation au monde animal et végétal, la principale cause de cette évolution ayant trait à la disparition de l'agriculture vivrière, disparition très récente (dans les années 70 nombre de français avaient encore un potager et parfois quelques animaux), et dont l'auteur argue que le manque commence à se faire sentir dans les affects des populations ne sachant plus vers quel sens se tourner. Il argue que ce lien est bien plus profond et indispensable qu'on ne pourrait le penser, et qu'il serait facile de le faire à nouveau émerger.
Une fois cela fait, il deviendrait impensable de continuer avec la prédation et la destruction des milieux naturels tels qu'on les connaît.
Pour rétablir ce lien avec les non-humains, l'auteur propose de passer par une phase de relocalisation des pouvoirs, des productions, en établissant des entités semi-autonomes (sur le modèle des ZAD notamment) avec des processus de décision communautaires, qui placent la solidarité, la coopération et le lien entre humains, mais aussi avec les non-humains, comme valeurs centrales, par exemple à travers des caisses de solidarité alimentaire ; tout en casant d'objectifier la nature, en recréant un lien subjectif avec elle, en étant à son contact : en faisant pousser des plantes, en s'occupant des animaux, en aménageant les milieux pour autre chose que la course vers la croissance qui, on le sait aujourd'hui, ne peut pas être infinie. Semi-autonomes car il ne s'agit pas de se séparer entièrement de l'Etat moderne, mais bien de cohabiter avec, dans une forme de gouvernance hybride.
Le projet est simple : retrouver la joie de faire partie de son environnement, sans être prédateur ou destructeur, un statut qui crée de plus en plus de dissonance cognitive dans les esprits aujourd'hui.