Plan d'évasion est un très étrange roman d'aventures publié en 1945 par Bioy Casares et qui aurait été rédigé de façon concomitante avec sa célèbre Invention de Morel, récit avec lequel il partage des similarités signifiantes.
Comme l'Invasion, le Plan met ainsi en scène un personnage semblant perdu dans un univers hostile et isolé (celui des prisons de Cayenne), fortement marqué par l'enfermement provoqué par l'élément aquatique et comme dans l'Invasion, l'essentiel de l'intrigue du roman sera de nous donner à voir les pérégrinations d'un narrateur peut-être fou qui observe de façon frénétique et désordonnée une société étrange procédant à une expérience incompréhensible.
Il est difficile de pousser beaucoup plus loin l'analyse de la structure de fond du Plan, au risque d'en gâcher pour d'éventuels nouveaux lecteurs la lecture découverte. Disons simplement que le roman consiste en une sorte d'hommage prolongé à une certaine littérature XIXe, à laquelle il emprunte en la renouvelant une énonciation particulière (une sorte de fusion entre le récit enchâssé et l'épistolaire) et des thèmes allant jusqu'à convoquer régulièrement les figures quasi pastichées de Dreyfus et du Dr Moreau.
Le Plan se révèle à la lecture un roman assez épineux et complexe, où les actions successives et quasi-schizophréniques du personnage – parasitées par les interventions déséquilibrées du narrateur 1 – sur son île nous égarent souvent dans la perception claire de l'intrigue et de ce qu'il se trame dans ce labyrinthe paraissant constamment menacé ou par une hypothétique révolte ou par les étranges expériences, à la nature incertaine, auxquelles procède le Dr Castel.
La paranoïa grimpe au fur et à mesure de l'intrigue tandis que les tenants et les aboutissants se découvrent pour nous faire arriver à un dernier acte complètement chimérique et bizarre, entremêlant références à la poésie symboliste, anticipation à la fin XIXe et réflexions sur les évolutions de la psychologie et des traitements thérapeutiques expérimentaux.
Malgré l'apparent éclatement en corridors frénétiques de son intrigue, le Plan constitue donc un très bon roman de folie dans lequel il faudra accepter une part volontaire de confusion et d'incompréhensible inhérents à l'expérience pour accéder à son plaisir interprétatif.
Bioy Casares s'avère encore une fois un très digne représentant, parmi la génération la plus talentueuse de la modernité littéraire, d'une littérature qui sait sans complexe faire feu de tout bois, de toute influence, pour en proposer une potion nouvelle.
L'écriture alchimique.