Jeff Noon doit savoir caresser mon côté masochiste, après avec été submergé par l'épreuve de son délire hallucinatoire de "Vurt", j'ai directement replongé dans "Pollen". M'attendant à être de nouveau noyé sans possibilité de respirer dans son Manchester à la fois sale et malsain mais d'un onirisme dingue, ce second roman est une grande surprise.
Je ne résiste pas à l'envie de vous faire un résumé que seuls comprendront ceux qui ont déjà lu Jeff Noon.
"Pollen" nous conte l'enquête d'une flic-ombre au sujet du meurtre d'un taxi-chien par une supposée fille-fleur débarquant du Vurt. Les démons du Vurt essaieraient-ils d'envahir le monde réel en créant une nouvelle sorte d'hybride ?
Bien que chronologiquement placé juste après "Vurt", j'imagine que "Pollen" peut se lire indépendamment, mais l'auteur éclairci tellement de mécanismes du précédent que cela serait dommage de ne pas suivre les aventures des chevaliers du speed au préalable. Vous comprendrez enfin ce qu'est l'ombre, d'où viennent les êtres hybrides et quels sont leurs motivations. Je vous tease sans vergogne: les explications sont tout simplement démentielles et terrifiantes bien que beaucoup plus logiques que n'aurait pu le faire penser l'univers de l'auteur.
Certes le voile se lève sur certains concepts du précédent roman, mais on ne se refait pas, Noon en introduit encore un peu plus pour poursuivre la construction de son Manchester. Le concept de la carte des taxis est particulièrement intéressant, il donne la matrice où repose la ville et le délire de Noon.
Ce roman ajoute une dose de ce qui m'avait manqué dans "Vurt", un peu de structure. Noon mixe son univers psychédélique avec un polar à la forme tout à fait classique (meurtre, enquête, découverte d'un complot plus vaste, épilogue). L'auteur joue énormément avec cet apparent classicisme, entre le délire et le polar la membrane est fine. Quelques fois on aperçoit un schéma classique de l'intrigue d'investigation, trahison, agent double ou autre, mais on ne se retombe pas vraiment sur nos pieds, c'est juste l'illusion de la "normalité" et puis Jeff Noon nous fait replonger tête la première dans son monde halluciné aussi sec et de façon encore plus brutale. On lit ce bouquin en marchant au plus près du bord de la falaise entre le monde palpable et le rêve de Noon.
Le malaise que j'avais ressenti est presque entièrement dissipé, "Pollen" est plus abouti, plus facile à lire, simplement meilleur. 9/10
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