À une certaine époque, pas si lointaine, la question ne se posait pas. Un roman se devait de suivre une certaine ligne chronologique, même avec des flashbacks, cependant bien identifiés. Désormais, les temporalités se mélangent la plupart du temps, tandis que les perspectives se multiplient, et c'est au lecteur de remettre les choses dans l'ordre, si tant est qu'il en soit capable. Parfois, le talent de l'auteur ou de l'autrice réussit subtilement à nous guider dans le puzzle narratif et tout devient lumineux et d'autant plus virtuose. Dans le cas de Porter la faute, hélas, ce n'est pas aussi limpide que cela et le regret est d'autant plus grand que les histoires que nous raconte Joanna Elmy, au plus près de trois générations de femmes bulgares, grosso modo de la fin de la Deuxième Guerre mondiale à aujourd'hui, sont extrêmement fortes et soutenues par une écriture aussi dense que cathartique. Un récit marqué par la violence des temps et la précarité, celles du régime communiste naissant, celles de la transition des années 90 ou encore celles de l'exil en terre américaine. Entre culpabilité et recherche d'identité, les héroïnes du roman se battent et transmettent malgré elles le traumatisme de vies marquées par la douleur. Malgré la complexité exacerbée de sa forme littéraire, la puissance du texte n'est pas sans impact et ces trois figures féminines ont une saveur amère qui représente sans doute cela, le (dé)goût bulgare.

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le 22 févr. 2026

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