Barbara Lis, bras droit de Muriel Tarin, Reine du cochon, rencontre un plombier polonais avec qui elle part s'installer en Pologne. Dans ses bagages, la lapine que sa meilleure amie Val lui a offerte pour son anniversaire. Voisins, famille, tous se demandent quand le couple donnera naissance à une descendance…
Chez Kinga Wyrzykowska, les lapins ressemblent à des chiens, une cheffe d'entreprise crainte de ses employés se balade en pyjama dans son quartier, une femme met bas pendant qu'une lapine (Ou peut-être un lapin ?) pleure. Pas de doute, on est dans un univers à la Lewis Carroll. Il y a du Boris Vian, aussi, dans ce roman. Ainsi, l'un des personnages déforme les expressions courantes de manière amusante (p. 45) : « du tic au tac » pour « du tac au tac », « goutte que goutte » pour « coûte que coûte ». On trouve également des mot-valise, au sens limpide, comme le verbe « vipéructer ». (p. 249) Une contrepèterie (p. 26, mais il y en a sûrement d'autres) vous donnera du fil à retordre. Enfin, le podcast de la page 323 crée une excellente surprise. L'autrice place le lecteur dans la peau de Vanessa B., cette jeune maman célibataire dont nous faisons la connaissance au début du roman. le chapitre zéro (p. 11 à 18) constitue d'ailleurs une nouvelle autonome, avec une montée en tension et une chute. Brillant ! On retrouve donc Vanessa p. 323, au volant de sa voiture. Elle décide d'écouter un épisode d'«A vous d'y croire » consacré à Barbara Lis. Les personnages du livre, alors, s'animent et prennent voix. le podcast apporte un vrai plus au texte, car il n'est pas retranscrit à l'identique dans le livre.
Il y a donc beaucoup d'inventivité, de surprises et d'originalité dans ce roman faussement léger. Si la première partie prête souvent à sourire, la deuxième est d'une tonalité plus sombre, avec le départ de Barbara en Pologne et une vie placée sous le signe de la piété, voire de l'extrémisme. Kinga Wyrzykowska porte un regard critique sur la société actuelle et dénonce le recul des libertés en Pologne et ailleurs. La France, dit-elle, n'est pas à l'abri… Elle évoque aussi le rôle des réseaux sociaux, la récupération politique, l'emballement médiatique aussi fulgurant qu'éphémère.
Je ne connais pas la culture polonaise, je pense donc que je n'ai pas saisi toutes les subtilités ou références de la seconde partie. Mais j'ai beaucoup aimé ce roman foisonnant pour son inventivité et son univers décalé. Très belle découverte !
Je remercie Babelio et les éditions du Seuil pour l'envoi de ce roman dans le cadre d'une opération Masse Critique privilégiée.