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le 22 nov. 2015
SuivreJe l'ai lu de nombreuse fois dès sa traduction en 1980 (il fut écrit en 1977). Je le connais presque par coeur et je l'ai distribué autant que j'ai pu autour de moi.
On comprend après coup que Michael Herr, qui aida aux scenarios de Apocalypse Now et de Full Metal Jacket (mix de "Short Timers" de Gustav Hasford et de vignettes de Dispatches - Putain de Mort) sombra dans une grave et longue dépression à son retour du Vietnam et que l'écriture de ses souvenirs l'aida à en sortir.
Si vous voulez approcher de ce que fut la Guerre du Vietnam pour les américains, lisez Putain de Mort avant ou apres tous les autres livres sur le sujet, mais si vous ne le lisez jamais, il vous manquera toujours une dimension très éclairante en plus d'être poignante.
"Si vous n'avez pas de compassion pour ce qu'ont vécu ces soldats au front de la jungle, alors vous n'en aurez pour personne".
Cette phrase - qui signifie que brandir sa compassion pour les seuls vietnamiens comme si les adolescents américains envoyés là-bas n'en méritaient aucune - est une des nombreuses remarques éthiques extraites des multiples vignettes décrivant les multiples fronts auxquels Michael Herr assista. Elle pourrait être un écho américain anticipé au très beau livre de Bad Ninh Le Chagrin de la guerre, écrit en 1984, sur le vécu des Vietnamiens.
Une autre phrase frappante est celle-ci, qui enleva toute exonération aux journalistes quand ils participaient à un combat sans y contribuer : "On n'est pas responsable seulement de ce qu'on fait, mais aussi de ce qu'on voit". Certainement, elle nous concerne tous aussi, même si nous ne participons à aucune guerre.
C'est comme si tous les autres livres que je l'ai lu sur le sujet - tout ce qui a été édité en français en fait - où il y a toujours eu des dimensions interessantes, depuis les analyses de journalistes de la guerre toute entière ou des descriptions de simples batailles, ou bien les biographies et les trajectoires de soldats célèbres ou exemplaires jusqu'aux récits faits a posteriori par de modestes vétérans (il y en a eu encore en 2014 avec Retour à Matterhorn, de Karl Marlantes), prennent de la valeur et de l'authenticité par l'existence de ce livre -là ; comme si les petites histoires vécues racontées par Michael Herr donnaient une sorte de label, voire de fécondité à l'authenticité de tous les autres vécus, récits et commentaires rédigés après lui.
Comme la guerre du Vietnam a été très documentée, non seulement avant et après, mais pendant son déroulement même par la présence de journalistes partout et à tout moment - la plus documentée de toutes les guerres - on a pu croire que les journalistes n'arriveraient plus apres cela à raconter aussi bien les suivantes.
D'autant plus que dès la guerre américaine suivante d'envergure - la première guerre d'Irak - ils furent tous "embedded", privés de cette possibilité "vietnamienne" unique de circuler partout, par les fameux sauts en hélicoptère d'un front à l'autre, d'une heure à l'autre s'ils le voulaient.
Je fus donc d' autant plus étonné de découvrir que de nouveaux journalistes ont réussi à raconter de maniere extraordinaire les deux guerres d'Irak, puis celle d'Afghanistan, et qu'ils ont continué avec toujours plus de talent, aussi bien ceux qui écrivent des récits que les photographes. Le besoin de décrire, de raconter, a réussi à surmonter tous les obstacles, institutionnels et hiérarchiques.
Comme on retrouve quand même l'influence, même lointaine, du Norman Mailer de The Naked and The Dead - Les Nus et les Morts et du James Jones de Thin Red Line - La Ligne Rouge sur l' éthique et le style de Michel Herr, on retrouve l'influence de ce dernier sur les vivants qui ont pris sa suite, comme Sebastien Junger, et plusieurs autres, même si chacun d'eux a son style et sa méthodologie personnelle dans son engagement et son écriture.
Malgré ce livre unanimement loué pour son contenu mais aussi pour son style - tres rock'n'roll si cela veut dire quelque chose - il est étonnant que Michael Herr n'ait rien écrit d'autre, sauf : un livre curieux sur Walter Winchell (pourquoi sur lui ?) ; un autre C'était Kubrick sur le cinéaste qui devint son ami après leur collaboration ; et The Big Room, une suite de vignettes hermétiques sur des personnages et icônes américaines reliées par leur passage épisodique ou de longue durée à Las Vegas. Ce dernier est un livre à l'iconographie (dessins et peintures) remarquable, avec sur la couverture, un portrait de Sinatra et à l'intérieur, celui de Bobby Darin, qui fut son jeune rival avant de mourir prématurément : il rédige sur ces deux -là des portraits savoureux, parmi des dizaines d'autres).
Créée
le 30 mai 2025
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