Dernier western du grand Budd avec Randolph Scott, un sommet tragique pour la serie et l'acteur

Pour le dernier de la série de Boetticher avec Scott, Comanche Station garde une ambiance tragique de bout en bout tandis que Scott incarne son personnage avec une hauteur, une dignité et une humanité à la fois accablées et porteuses d'espoir.

Dans cette série de films, il y a souvent un conflit croisant les interactions entre "un honnête homme, un bad guy et une femme" mais par exemple dans  The Tall T - L'Homme de l' Arizona de 1957,  il y a aussi des moments où l'atmosphère est légère (par exemple les rencontres avec la diligence, puis avec le taureau, ironiques envers le héros qui se fait étriller).

Randolph Scott dépasse ici ses qualités habituelles.

Cet acteur dont l'allure a évolué du gentleman élégant dans les années 30 à celle d'un fringant cavalier dans les années 40 puis à celle, dans les années 50, d'un roc extrait de la montagne et du désert, a ici en 1960, en plus d'un visage mal rasé, un regard très sombre et des épaules tassées. Sans rien enlever à son charisme de héros solitaire de l'Ouest , cela suggère un fardeau, porté du début à la fin et dont on ne comprend la nature intime que vers le milieu du film. 

Même dans Ride the High Country - Coups de feu dans la Sierra, 1962, son dernier film, dirigé par Peckinpah, "crépusculaire" s'il en est, il n'a pas l'air aussi accablé. 

Dans Comanche Station, son visage va s'éclairer pourtant, paradoxalement, lors de la séparation finale.

La derniere image montre en un seul plan l'impasse éthique de son nouvel amour, devenu impossible, mais aussi une forme d'espoir humaniste qui fut constamment moqué pendant les péripéties précédentes : la réhabilitation de la relation conjugale de la femme (jouée par Nancy Gates) - qui fut enlevée par les indiens et vécut avec eux - avec son mari handicapé qui l'attend dans sa ferme isolée et à qui il la remet.

C'est le génie particulier de Budd Boetticher  : il  réussit  à exprimer dans une séquence, même un seul plan, parfois en une seule brève image, des mouvements contradictoires et des conflits intérieurs.

Entre temps, on aura traversé avec lui des rencontres avec les comanches et avec des outlaws, tous très bien campés, voire attachants, comme Frank joué par Skip Homeyer, et surtout Dobie, joué par Richard Rust, un jeune tourmenté et partagé entre la vie imaginée facile du coupe-jarrets et la morale.

Claude Akins joue Lane, le chef de la petite bande, un rôle splendide d'ancien chasseur de scalps, qui présente vis-à-vis de Cody, joué par Scott, son vieil adversaire et son pendant  honnête, un mélange de loyauté arrogante et de perversité, de cupidité et de désinvolture.

Et il agrémente le classicisme de leur gunfight final (un duel en "face à dos" avec retournement) d'un bel échange de répliques sarcastiques et fatalistes.

Il est à la hauteur du Lee Marvin de Sept Hommes à Abattre.

(Notule de 2020 publiée en Aout 2025).

Michael-Faure
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le 10 août 2025

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