Quarantaine
6.8
Quarantaine

livre de Peter May (2020)

En 2005, Peter May, écrivain écossais de ces polars populaires qui représentent aujourd’hui une part de plus en plus importante des dernières ventes de livres dans le monde, a une idée : et si la grippe aviaire mutait et qu’une nouvelle souche, mortelle dans 80% des cas, contaminait les êtres humains, en commençant par une capitale internationale comme Londres ? Un peu de recherche pour ne pas raconter trop d’absurdités, et la machine May se met en marche. Il imagine une enquête sur des os retrouvés dans un chantier d’hôpital en construction menée par un policier écossais laminé par la vie et qui vient de donner sa démission, dans un Londres littéralement « post-apo » en plein "Lockdown" (le titre original du livre, plus pertinent que le titre français de "Quarantaine", vu la situation pandémique et sociale décrite ici…). La société dans la ville confinée s’est effondrée en quelques semaines, et la barbarie règne, créant un climat d’urgence autour d’une énigme qui va s’avérer – sans surprise – beaucoup plus profonde qu’on l’imagine au départ.


Mais en 2005, Peter May n’a pas encore rencontré le succès international qui sera le sien avec sa "Série chinoise" et sa "Trilogie écossaise", et le manuscrit reste coincé dans sa dropbox : il a des choses plus importantes en tête que cette histoire de SF improbable, d’ailleurs traversées d’invraisemblances et d’incohérences qui traduisent l’inexpérience du semi-débutant.


En 2021, il est facile d’imaginer combien il a été facile de publier enfin "Quarantaine", en lui affublant les épithètes de « prémonitoire » et… « réaliste », et nous voici donc avec, entre les mains, un « page turner » à l’anglo-saxonne ni pire ni meilleur qu’un autre, que l’on dévorera avec une certaine fascination : de notre point de vue de « confinés », 16 ans plus tard, il est facile de réaliser combien nous sommes passés près du gouffre (sommes-nous d’ailleurs tirés d’affaire ?), combien ce chaos imaginé ici est possible, voire même probable si l’on pense à l’apparition de nouveaux variants du CoVid19 ou de virus encore inconnus. Et puis, il faut admettre que May a un vrai talent pour créer des personnages complexes, paradoxaux et que l’on suit donc avec plaisir : MacNeil est certes l’exemple classique dans le roman noir de l’homme brisé qui continue à se battre sans véritable raison, mais la jeune scientifique chinoise handicapée ou le tueur implacable mais pourtant curieusement touchant fonctionnent tous deux parfaitement bien au sein d’une énigme qui abuse malheureusement un peu trop d’un sensationnalisme gore bien de notre époque : on aura du mal à avaler le coup du grand brûlé continuant à agir à peu près « normalement », mais on appréciera une conclusion d’une noirceur revigorante.


Sans prendre de pincettes, Peter May nous offre finalement, au-delà des défauts d’un livre qui n’aurait peut-être pas été publié sans l’actualité de son sujet, une perspective terriblement pessimiste sur notre absence de futur.


[Critique écrite en 2021]
Retrouvez cette critique et bien d'autres sur Benzine Mag : https://www.benzinemag.net/2021/05/14/quarantaine-peter-may-no-future/

Eric-Jubilado
6
Écrit par

Créée

le 13 mai 2021

Critique lue 288 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 288 fois

2

D'autres avis sur Quarantaine

Quarantaine

Quarantaine

7

StéphaneFurlan

21 critiques

« Quarantaine » de Peter May ou la revanche de Cassandre

Au-delà de son sujet d’une actualité brûlante, je me suis surtout intéressé à ce livre par le biais de son auteur, Peter May, dont j’ai beaucoup apprécié la trilogie écossaise et notamment « L’île...

le 25 mai 2021

Quarantaine

Quarantaine

7

Erik3874

63 critiques

Roman prémonitoire : Peter May en Cassandre...

Pour être honnête, j'ai lu ce roman il y a plusieurs semaines et je l'ai beaucoup oublié. Ecrit en 2005, et refusé par les éditeurs pour son intrigue irréaliste, ce roman a retrouvé des airs de...

le 30 déc. 2025

Quarantaine

Quarantaine

6

Mister_Pop

1462 critiques

Plutôt un bon moment de lecture

Plutôt un bon moment passé avec ce Londres en Quarantaine et cette enquête menée en 24 heures...L'enquête et ses protagonistes sont bien campés, c'est assez prenant et tellement contemporain quand on...

le 3 juin 2025

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6839 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6839 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6839 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020