Regain s'intègre dans la "trilogie de Pan" de Jean Giono. Il est donc encore question de la nature et de l'homme dans leur rapport. Regain arrive-t-il à se démarquer ? Giono a-t-il encore à offrir en traitant encore ses thématiques privilégiées ? Dispose-t-il d'un regain ?
Le récit de l'oeuvre s'articule en deux temps. Une première partie met en scène la terre désertée d'Aubignane. Une seconde partie permet d'apprécier son renouveau. Les deux fragments de l'oeuvre agissent en négatif. Ils se répondent à l'endroit d'un manque, puis de sa complétion. Le manque est double, autant pour l'homme que pour la nature. Giono met en exergue la dialectique entre l'Homme et la nature, ainsi que leur imprégnation conjointe. La nature n'est pas traitée comme un élément totalement extérieur à l'homme. Au contraire, leur rapport s'en trouve nourri, et cette dynamique forme le terreau d'une transformation pour chacune des parties.
La terre qui voit sa population désertée en premier lieu se montre inquiétante et donne le contexte d'apparition d'une violence primordiale chez Panturle. Dans la seconde partie du récit, la réhabilitation de cette violence se précise à l'endroit des forces nourricières. Arsule permet de restaurer le foyer, et la reprise d'une activité agricole par Panturle ouvre les perspectives d'un rapport réconcilié avec les terres d'Aubignane.
La particularité chez Giono est que cette harmonie retrouvée ne souffre pas de la naïveté que l'on pourrait lui attribuer. La nature reste une entité primordiale qui dévoile sa propre grammaire et que l'homme doit appréhender avec effort :
Il a retrouvé son instinct de tueur de bête pour enfoncer brusquement le coutre aigu dans la terre. Elle a gémi ; elle a cédé. L'acier a déchiré un bon morceau qui versait noir et gras. Et, d'un coup, la terre s'est reprise ; elle s'est débattue, elle a comme essayé de se défendre. Tout l'attelage a été secoué, depuis la mâchoire du cheval jusqu'aux épaules de Panturle.
Il est également à noter la richesse descriptive de Giono et sa capacité à animer l'inerte. L'esthétique qui s'architecture permet d'appréhender l'ensemble des éléments naturels comme étant animés et autonomes. Regain apparaît comme une œuvre pleinement aboutie, riche dans son intention et maîtrisée dans son expression.