C’est toujours en partie drôle, en partir navrant de lire des livres pour la jeunesse (et celui-ci n’est pas un livre pour mômes déguisé en en ouvrage de littérature généraliste, ni l’inverse) mieux faits que des livres destinés aux adultes. (Je parle de récits écrits avant tout pour la jeunesse, des œuvres comme Alice au pays des merveilles ou Pinocchio se classant dans une autre catégorie. Que certains récits pour adultes paraissent écrits par des enfants pose un autre problème.) En l’occurrence, j’ai lu Rêves amers peu après les Chiens de Détroit de Jérôme Loubry et Ce qui n’est pas écrit de Rafael Reig : la comparaison tourne clairement à l’avantage des pages publiées en 1987 dans Je bouquine…
Qu’on soit bien d’accord : le roman de Maryse Condé n’est pas un chef-d’œuvre de la littérature, ni même un de ces livres-qu’un-enfant-se plaît-à-lire-et-relire-cent fois (Borges a écrit quelque chose là-dessus.). Peut-être même faut-il le classer dans une autre catégorie : celle des livres dont les adultes pensent que les enfants les aiment bien alors que non. Par ailleurs, il faut faire abstraction de l’histoire mélodramatique – le ton ne l’étant pas.
Rêves amers reste meilleur – mieux écrit, mieux construit, plus riche – que les derniers livres dont les titres figurent ci-dessus. D’autre part, malgré des apparences qu’on peut qualifier de pédagogiques, le roman ne se vautre pas dans la démonstration, et fait confiance au lecteur – ce n’est pas si courant dans la littérature jeunesse – pour tirer quelque chose de l’histoire. Avec une fin percutante à souhait – davantage de stupeur que de larmes –, on finit par se retrouver avec un genre de mini-Zola au pays des Duvalier.