Il faut reconnaître un bon ouvrage quand on en a un entre les mains et ce, malgré tous ses défauts. Selon moi, la thèse défendue par les auteurs admet d’importantes limites. Pourtant, c’est un ouvrage impressionnant par sa démarche et la qualité de la démonstration proposée. Le tout donne finalement un ouvrage très agréable à lire, qui fait sérieusement réfléchir le lecteur.
Cela dit, sur le fond, je reste assez sceptique sur l’ampleur de la conception du romantisme que retiennent les auteurs. Deux critères sont retenus pour qualifier un auteur (ou une pensée) de romantique : 1° une critique de la modernité et 2° une référence au passé.
A partir d’une telle définition, toute critique sociale semble happée par la dénomination « romantisme ». D’autant plus que les auteurs ne sont pas spécialement regardants concernant le second critère : la référence au passé s’entend parfois d’une inspiration des sociétés prémodernes, parfois d’une volonté de les rétablir voire même parfois d’une critique de celles-ci !
Aussi large, ce critère n’a plus vraiment de fonction exclusive et il ne reste finalement que deux postures critiques possibles : le romantisme en tant que critique sociale et la critique de la modernité fondée sur une volonté d’approfondissement de celle-ci. Cela aboutit à rapprocher des courants aussi variés (et à mon sens opposées) que le courant réactionnaire ou le courant révolutionnaire. Un tel rapprochement semble assez artificiel, l’idée d’une « posture commune » entre ces courants de pensée ne convainc pas totalement.
Pour ces quelques raisons (mais il faudrait aussi ajouter le délaissement des aspects esthétiques du romantisme notamment), l’ouvrage ne va pas jusqu'au bout des pistes de réflexion qu'il propose.