Elles s’appellent Marianne, Luna ou Christabelle. Elles sont femme au foyer, nourrice ou medium. Toutes ont été marquées par la disparition de Sara Morgan, une étudiante assassinée par son petit ami, un jour d’hiver.
Rien ne pourra t’atteindre est un roman choral. Un kaléidoscope de vies de femmes ; douze instantanées qui se succèdent sur 230 pages. C’est ambitieux. C’est culotté. Car en additionnant ainsi les points de vue qui, pour certains, n’ont qu’une lointaine parenté avec la mort de Sara Morgan, en ne leur accordant à chacun qu’une vingtaine de pages, l’auteure risque de perdre son lecteur en chemin.
Mais Nicola Maye Goldberg maîtrise l’exercice. Elle ne s’en écarte pas. Elle l’embrasse. Son geste littéraire est imparable, sa plume, d’une redoutable efficacité et d’une étonnante justesse. Parvenir ainsi à l’essentiel sans céder de terrain au prêt à penser, réussissant même par endroits à faire éclore l’ambiguïté sur le rapport de certaines femmes à la violence des hommes, tient de l’exploit. Les deux chapitres sur lesquels Goldberg choisit de refermer son roman démontrent par ailleurs une sensibilité et une intelligence d’écriture que seule une femme pouvait raisonnablement atteindre sur ce sujet.
L’édifice choral de ce roman tient également dans la continuité de la parole féminine : chaque portrait fait écho à un précédent, par la douleur, la soumission et la solitude qu’il porte, ou simplement par son lien étroit avec la victime. Un point de vue masculin, exceptionnellement, se glisse, comme un miroir sur lequel se reflètent ces existences. Ainsi, je n’ai jamais eu le sentiment d’abandonner une narratrice pour une autre, mais de vivre chaque témoignage comme une partie d’un grand tout : celui du désir ardent des femmes d’exister face à la nuit. C’est du reste sur cette émouvante image que nous laisse ce passionnant roman mélancolique.