Un reproche récurrent semble être fait à Roadmaster, celui de mettre une nouvelle fois en scène une voiture plutôt agressive avec ceux qui l’approchent d’un peu trop près. Pourtant la comparaison s’arrête là car, sans dévoiler le fond de l’histoire, cette Roadmaster n’est pas la Christine qui a su rendre un jeune puceau fou d’amour pour elle. On a cette fois un livre écrit après que Stephen King eut été renversé par un ivrogne, accident qui l’a marqué au fer rouge, semble-t-il pour la fin de ses jours. Ce livre semble être pour lui une sorte d’exutoire lui permettant d’évacuer une colère envers ce qu’il semble considérer comme un danger public.

Raconter ce livre comporte un vrai risque de déflorer l’histoire, disons qu’une voiture est abandonnée par son conducteur dans une station service, elle est remorquée jusqu’au poste de police et est entreposée dans un hangar où elle commence rapidement à faire preuve d’étranges capacités. Pour en dire un peu sans trop en dire, comparer cette voiture à une porte vers l’inconnu semble une bonne image.

Sans être au sommet de son art, King livre ici un travail honnête qui, s’il ne raconte pas la plus effrayante de ses histoires, a le mérite de nous interroger pendant six cents pages. C’est notre amour de l’étrange et du mystère qu’il vient flatter, notre envie d’avoir des réponses face aux événements incompréhensibles qui se succèdent dans le hangar. Le meilleur étant peut-être que des réponses, nous n’en avons que très peu, à condition de savoir lire entre les lignes et de savoir interpréter ce qu’on y lira. King se replonge finalement dans quelques thèmes qu’il a déjà traité dans son cycle de La Tour Sombre.

La qualité de l’écriture n’exclue pas quelques longueurs et une histoire beaucoup trop statique. Tout cela manque par moments d’enjeux importants qui tiendraient le lecteur en haleine mais voilà, c’est par l’envie de connaître le fin mot de l’histoire qu’il arrive à nous faire rester et c’est déjà un tour de force. Allez savoir si c’est la traduction, mais il y a aussi quelques passages qui sont un peu brouillons dans leur description de l’action résultat, on peine parfois à se l’imaginer.

Un livre tout à fait honorable pour l’auteur qui démontre (encore) que son imagination est toujours fertile et fait pousser des histoires toujours aussi étonnantes et imprévisibles. Cependant, comme pour d’autres livres de cette période, il peine à aller jusqu’au bout du sujet, à retrouver cette verve qui le caractérise. Ce livre n’est pas pour autant une tâche dans sa carrière, tout juste une petite auréole et des auréoles, il y en a plusieurs sortes.
Jambalaya
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le 18 juil. 2013

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Jambalaya

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